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Axe
1 : Industries de la culture et arts / thème
4 : Appareils, esthétiques, arts et industries

Coordonnateurs : Jean-Louis
Déotte, université Paris
8 et Daniel Payot,
université de Strasbourg
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L’origine du thème
Très large, l’objectif initial du thème était de
penser et analyser le développement des nouvelles formes industrielles
de la culture (internationalisation, numérisation, convergence audiovisuel
informatique télécommunications) et des enjeux qu'elles ont sur
la création et la réception des œuvres ainsi que la transformation
de l'esthétique et du contenu des œuvres et des messages et la
remise en question du statut même de l'art, des rapports individuels
et collectifs ou publics et privés au patrimoine, à l'information, à la
connaissance et au savoir. Le thème s’est créé autour
de la question des écritures, artistiques en particulier, et de leurs « stigmates
industriels ». Le développement du travail a permis de préciser
le thème et d’en borner plus étroitement les contours.
Cela se traduit par la nouvelle dénomination : « app@reils,
esthétiques, arts et industries »
Des appareils
Entre le corps et l’événement il y a autre chose que le
langage et ses genres de discours : des techniques. Or certaines sont
plus essentielles que d’autres : ce que Mauss appelait écriture.
Des techniques grâce auxquelles le corps servait de support à l’écriture
de la loi « sauvage » (tatouage, peintures, scarification,
circoncision, excision, etc.). Cet appareillage est légal avant d’être
technique : c’est toujours un corps pour la loi qui perçoit.
C’est cette légalité qui fait la différence entre
l’appareil et l’instrument technique quelconque (outil, machine,
etc.). Cependant il arrive que cette modalité se réalise dans
un dispositif qui accepte aussi de fonctionner comme un outillage. Dans ce
cas l’appareil s’adapte à l’ensemble des dispositions
qui permettent à un outillage de servir et ses propriétés
spécifiques d’appareil sont alors difficiles à repérer.
Une technique est employée à titre d’outil parce qu’elle
prolonge, affine ou augmente une qualité corporelle. Certains dispositifs
sont limités à cela, le marteau par exemple. D’autres ne
s’y réduisent pas, faisant paraître quelque chose dont la
production ne peut être techniquement définie comme un effet prolongé de
la puissance du corps. En effet, les appareils arrachent le corps au sol natal,
le déportant vers ce qui n’était pas programmé génétiquement.*
Un appareil constitue une sensibilité, il implique des formes de sensibilité.
Avec la notion d'appareil vient l'idée que les formes de la sensibilité sont
ouvertes à l'histoire. Du coup, la possibilité de parler au singulier
de l'espace et du temps perd son évidence. Dès lors les notions
de fonction et de synthèse telles que l'on a pu les penser à partir
de Kant doivent à leur tour être réexaminées. Ce
réexamen, qui remet en jeu la pensée philosophique de l'espace-temps,
ouvre sur des collaborations interdisciplinaires touchant par exemple à des
problématiques d'aménagement, d'urbanisme, d'architecture, de
constitution des paysages, mais aussi, d'un autre point de vue, elle peut concerner
toutes les pratiques qui ont affaire à la découpe et au montage
d'unités spatio-temporelles (peinture, photographie, cinéma,
vidéo). La capacité de l’appareil à former de la
sensibilité lui confère une puissance à donner du monde, à faire
monde. L’être humain est un être tel que les formes à partir
desquelles son expérience se structure en un monde partageable - un
monde commun - ne sont pas seulement internes mais aussi bien externes, historiques
et techniques. C’est ainsi que nous sommes sensibles à des spatio-temporalités
diverses, celle de la perspective picturale, de la photographie, ou encore
du cinéma. Ce qui compte, c’est de comprendre que, pour une large
part, nous voyons moins ce que nous voulons que ce qui se trouve dans les possibilités
de ces appareils.
Esthétiques
Par esthétique on n’entendra pas l’esthétique au
sens restreint (qui apparaît et est constituée au XVIIIème
siècle avec Lessing-Kant-Schiller-les Romantiques d’Iéna),
mais le faire-monde de certains appareils, lesquels génèrent
aussi des valeurs, des manières collective d’être et de
dire : un éthos, et aussi finalement de l’art une
sensibilité commune (donc l’esthétique au sens large d’aisthésis.
Ce qui fait époque, logiquement et non historiographiquement, c’est à chaque
fois une certaine détermination de la surface d’inscription de
l’événement. En effet, pour qu’on puisse dire qu’il
y a eu un événement (par essence imprévisible), il a bien
fallu qu’il ait été appréhendé, c’est-à-dire
répété, mémorisé, sur un certain support,
selon une certaine modalité d’inscription. Appelons époque
de la surface d’inscription cette modalité de l’inscription.
On appellera culture et études culturelles la réflexion sur la
temporalité des appareils dans leurs rapports avec l’art. Le passage
d’une époque à l’autre sera donc révolutionnaire,
comme l’irruption d’un nouveau genre artistique ou littéraire
dans le monde déjà constitué des arts, de la littérature
ou des genres de discours. Le nouveau genre fait irruption dans le flux de
l’histoire des hommes qui lui apporte des matériaux, mais qu’il
circonscrit et délimite. L’époque (d’un appareil,
d’un genre littéraire ou artistique, d’un genre de discours)
n’a pas le savoir de son origine. C’est son énigme propre,
celui de son avènement. Comme elle ne commence pas mais surgit, c’est
toujours dans l’après-coup qu’on pourra dire qu’il
y a eu un faire-époque. L’époque peut s’installer
sans faire grand bruit. En cela, elle est proche de l’événement
qu’elle va pourtant contribuer à mettre à disposition.
Pour dire son surgissement, on parlera alors d’avènement. Posons
que l’objet de l’art est de viser cet horizon d’époque
et que les œuvres ont comme enjeu, les unes après les autres,
de rendre plus intelligible cet horizon, de tenter de donner mémoire à cet
immémorial. Peut-être jusqu’à l’épuiser.
Industries
Dans l’approche de l’industrie dans ses rapports avec l’art,
on considérera les textes de l’esthétique allemande des
années 20-30 comme fondateurs, et en particulier L’œuvre
d’art à l’époque de sa reproductibilité technique de
Benjamin. Mais là où Benjamin n’envisage les appareils
que sous l’angle de la reproduction des œuvres - ce qui serait
arrivé à l’art à une certaine époque (l’industrialisation
de la technique) - on affirmera au contraire que l’art a toujours eu
affaire aux appareils, parce qu’il en est la vérité. La
conception benjaminienne de l’image dialectique, d’un présent
qui a la capacité de se tourner vers le passé au moment où il
va s’effacer, mais qui en retour n’a cette puissance prophétique
que parce qu’il découvre dans ce passé qu’il y est
attendu, bref cette monadologie introduite dans la philosophie de l’histoire,
n’aurait pas été possible sans la photographie et sa capacité singulière
d’ouvrir le temps. On peut faire l'hypothèse que la spécificité de
la transmission par narration, qui relève de ce qu'il appelle époque
de la première technique (artisanat) ne pouvait apparaître à Benjamin
que du haut de la reproduction industrielle, c'est-à-dire à l'époque
de la seconde technique, où l'enjeu n'est plus une domination de la
nature par la technique mais l'émancipation des hommes d'une technique
devenant comme une seconde nature. C'est dire que nous ferons des appareils
artistiques modernes (perspective, musée, photographie, cinéma,
vidéo, etc.) nécessairement techniques et poétiques, des
moments de l'émancipation universelle.
L'industrie culturelle n'est pas que le dernier avatar du capital. L'enjeu
est celui d'une émancipation poétique et donc politique. L'art
ne devient visible que par le non-art (l'industrie culturelle). La grande découverte
de Benjamin, c'est qu'il n'y pas de production poétique sans reproduction,
sans copie. Pas de poïen sans tecknè, et pas de technique sans
archives. La reproduction industrielle n’est pas quelque chose de récent,
préparée seulement par la gravure et la lithographie, les textes
de jeunesse de Benjamin, permettent d'affirmer que pour lui, l'art (par exemple,
la peinture) est toujours déjà imagination et copie. La surface
de reproduction, en général, introduit une réversibilité,
une inversion algébrique des signes : ce que ne pourrait la pure œuvre
d'art. La formule générale est celle-ci : pour apprendre à écrire,
pour trouver sa propre voix, encore faut-il savoir lire, encore faut-il s'introduire
sur le chemin de l'autre sur son support. Mais encore faut-il que ce chemin
soit tracé. Cela suppose que l'œuvre (l'apparaître) ait
fait trace, image. Qu'il y ait une différence entre l'événement
et la copie, l'image, différence qui les lie nécessairement.
Des Arts
La présence vive de la réalité est imprésentable,
seule la reproduction (Erfahrung) rend possible la présentation. C'est
pour cette raison que Benjamin ne rencontre pas la question du sublime, ni
celle de l'irreprésentable. L'art ne saurait être sans des représentations,
le propre sans l'impropre, l'apparaître sans le simulacre, l'événement
sans le masque ; ce qui justifie pleinement l'idée que la culture
rend possible l'art, qu'il n'y a pas d'art sans culture, sans institutions
culturelles. Bref, qu'il n'y a pas de société sans spectacle.
La surface de reproduction (l'appareil) est la condition de l'apparaître,
la répétition est la condition de l'événement de
l'art. Il faudrait citer ici tous ces peintres qui refusèrent de « travailler
au motif » et partirent soit de copies, soit de photos, jamais de
la présence dévorante d'un sujet vivant (Saura, Bacon, etc.).
Il ne faut pas se laisser illusionner par le geste impressionniste et phénoménologique
du retour sur le pré pour les meules de foin de Renoir ou la série
des cathédrales de Rouen.
* Passage emprunté à Pierre-Damien
Huyghe Introduction au dossier Plasti[k] 3
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