Axe 2 : Santé et société / thème 2 : Altérité, psychisme et santé mentale

Coordonnateurs : Richard Rechtman et Bertrand Pulman


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L’expérience du monde social se structure, pour chaque individu ou groupe, dans un rapport entre ce qui est vu comme soi et ce qui est vu comme autre, c’est-à-dire dans la construction d’une double relation, à la fois complexe et instable, d’identité et d’altérité. Dans les sociétés contemporaines, la circulation des hommes et des femmes, que les processus de mondialisation ont amplifiée et que les politiques de l’immigration tendent à l’inverse à restreindre, a donné de nouvelles formes et de nouvelles modalités à cette construction qui n’en est pas moins ancrée dans une histoire, celle de la colonisation et de la dépendance, celle de l’appartenance et de l’inégalité.Si l’anthropologie et la sociologie ont depuis longtemps abordé ces questions, psychologues, psychanalystes et psychiatres les ont également traitées à partir de l’exploration des liens entre culture et psychisme. L’enjeu d’une réelle interdisciplinarité autour de l’altérité réside probablement dans la capacité des approches psychopathologiques à se saisir des dimensions politiques et sociales, autrement dit à resituer les expériences de l’exil ou de la différence par rapport aux conditions concrètes de l’inscription des individus et des groupes dans une histoire et dans une société, sans réifier ou surdéterminer les différences culturelles.Dans cette perspective, un thème s’efforçant de lier altérité, psychisme et santé mentale peut s’avérer particulièrement pertinente, d’une part, pour sa contribution à la compréhension des transformations de l’intersubjectivité dans des mondes sociaux où ces questions sont généralement posées en termes essentialistes, et d’autre part, pour son adéquation avec les réalités dont les professionnels et les institutions font le constat au quotidien. Cette double orientation – vers des problématiques générales des sciences de l’homme et vers les préoccupations particulières des acteurs locaux – signifierait l’importance scientifique et politique du projet, son inscription à la fois dans des débats contemporains et dans des pratiques sociales.Ce thème pourrait se décliner en plusieurs aspects :
- une approche proprement psychopathologique, s’intéressant aux manifestations psychiques liées à l’expérience de l’exil et de la différence, à leurs relations avec les faits historiques et sociaux qui leur donnent sens, à leur prise en charge par les institutions médico-sanitaires ou socio-administratives,
- une approche anthropologique, explorant les liens entre les expériences et les significations qui leur sont données, entre la référence à des origines et la participation à la vie de la cité, entre les situations vécues et les réponses qui leur sont apportées dans le cadre de la clinique psychiatrique et de l’action sociale,
- une approche socio-historique, s’efforçant de saisir les logiques sociales qui sous-tendent la manière dont se sont développées les institutions, les métiers et les pratiques construites autour de la gestion du psychisme, autrement dit prenant pour objet les agents intervenant dans le champ de la santé mentale.En correspondance avec cette déclinaison, les équipes les plus directement impliquées dans ce thème sont : à Paris 13, les psychologues au sein du département de Psychologie et plus particulièrement autour du DESS de psychologie clinique transculturelle et de pratiques interculturelles ; à Paris 8, des anthropologues et juristes travaillant au sein de l’Urmis (1) ; à l’Inserm (2), des sociologues et historiens travaillant dans le Centre de sociologie européenne de l’Iresco ou avec lui. Des relations existent déjà entre plusieurs de ces chercheurs. Des réseaux sont actifs notamment avec l’Université Paris 7, dans le cadre du Centre d’étude du vivant. Des collaborations sont envisageables avec des psychologues de Paris 8 et avec des psychiatres de l’hôpital Avicenne.
(1) Urmis : Unité de recherche migrations et société, (CNRS / universités Paris 7, Paris 8 et Nice-Sophia Antipolis).
(2) Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale