PRÉAMBULE
Rapport provisoire pour décisions urgentes
À la demande de MM. Garden et Lyon-Caen, de la Direction de la recherche du Ministère de la recherche, nous avons mené entre juin et décembre 2000 une étude sur les conditions de faisabilité d'un projet de Maison des Sciences de l'homme dans le nord francilien. Bien qu'encore en gestation, cette Maison a très tôt été baptisée "MSH Paris Nord". C'est donc sous cet intitulé qu'elle sera évoquée ici.
La date de remise du Rapport ayant été fixée à la fin de l'année 2000, les enquêtes, mobilisations, concertations et réflexions nécessaires à la réalisation de l'étude elle-même n'auront bénéficié que d'un délai relativement court eu égard à l'ampleur de la tâche. En outre, coupée par les vacances d'été et les multiples occupations universitaires qui, traditionnellement, les précèdent et les suivent, la période se sera révélée moins propice que voulu aux prises de contact et échanges de vue avec les partenaires concernés par un projet de cette importance. Enfin, difficulté supplémentaire, deux secteurs sont visés, "SHS, industries culturelles et arts", d'une part, "SHS et santé", d'autre part. Il aura donc fallu conduire deux études séparées même si à l'arrivée, comme on le verra, certains recoupements sont envisageables de l'un à l'autre. Cette contrainte supplémentaire n'aura pas facilité la réalisation du travail.
Ces facteurs expliquent en grande partie l'état du document que nous avons l'honneur de soumettre aux commanditaires de la mission et aux instances qu'il intéresse, ministère de la recherche, ministère de l'éducation nationale, ministère de la culture et de la communication, CNRS, Inserm, etc. : il n'est pas tout à fait complet, il n'est pas définitif.
Trois raisons convergent néanmoins pour nous inciter à le présenter tel quel dès maintenant.
Premièrement les analyses et propositions qui y figurent sont quand même suffisamment consistantes et elles reposent, nous semble-t-il, sur des enquêtes assez approfondies et surtout sur une réflexion scientifique menée assez loin pour que les décideurs y trouvent de quoi se faire une idée d'ensemble du projet et des conditions de son éventuelle réalisation.
Du moins est-ce ce que nous espérons, souhaitant du même coup qu'ils soient également en mesure de se prononcer, par-delà la pertinence des propositions formulées ici, sur l'intérêt de leur donner corps sans plus attendre. C'est-à-dire, comme nous le suggérons dans l'une de nos conclusions, en mettant en uvre une préfiguration de la MSH "Paris Nord" dès le premier semestre 2001.
Deuxièmement, deux considérations nous incitent au respect des échéances : d'une part, bien sûr, l'obligation morale de tenir les délais convenus ; d'autre part, l'urgence des mesures à prendre en faveur des sciences humaines et sociales (SHS), en général et spécialement dans les universités de Seine Saint-Denis. Cette urgence tient à l'impatience le mot n'est pas trop fort exprimée par nos interlocuteurs, chercheurs, élus, professionnels, responsables divers, consultés durant les six mois qui viennent de s'écouler.
Dans les deux universités, Paris 8 et Paris 13, nombreux sont ceux qui ne se résignent pas au décalage entre ce qui, idéalement, pourrait être fait et ce qui l'est réellement. Entre, d'une part, les promesses d'un potentiel scientifique dont la diversité disciplinaire, la densité et la concentration sur deux sites si proches l'un de l'autre apparaissent exceptionnelles à bien des égards, et, d'autre part, la situation critique de conditions de travail, dégradées, propices au morcellement et au repli sur soi.
En provenance d'autres universités, de Paris intra muros et de province, de multiples témoignages sont également parvenus, qui vont dans le même sens. Ils expriment eux aussi un intérêt extrêmement vif par rapport à la MSH "Paris Nord", mais non sans laisser également percevoir la crainte, non moins vive, de voir l'entreprise échouer faute de ressources, en l'absence de mobilisation scientifique ou par manque de volonté politique.
Certes, en relançant la politique des MSH, le Ministère affiche des priorités en matière de SHS et indique qu'il est prêt à débloquer des moyens substantiels. La MSH "Paris Nord" se présente alors comme l'occasion unique certains disent même "inespérée" de fédérer des initiatives sur un programme concerté et de mobiliser des ressources conséquentes sur des objets dont l'importance scientifique et sociale n'échappe à personne. Les disciplines concernées au premier chef sont la sociologie et la psychologie, les sciences de l'information et de la communication, l'esthétique et les études littéraires, la linguistique. Mais d'autres disciplines sont aussi intéressées, parfois de très près, selon les orientations de leurs représentants par rapport aux objets de la future MSH : droit, histoire et géographie, histoire de l'art, philosophie, économie, sciences de l'éducation, etc. Les propositions ci-dessous les intègrent également. Et d'autres disciplines encore, bien que ne relevant ni des SHS ni des humanités, sont également invitées : biologie, sciences médicales, informatique, etc. D'ores et déjà, plusieurs de leurs représentants sont d'ailleurs prêts à contribuer au projet. C'est dire l'ampleur des attentes.
Le même intérêt se marque du côté des professionnels, lesquels souhaitent eux aussi des décisions rapides. Du côté des industries culturelles et des arts, ils sont nombreux par exemple à avoir noté que le Rapport "Art-Science-Technologie" (AST) remis par Jean-Claude Risset au Ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie en 1998 n'a pas été assorti des mesures concrètes qu'il appelait. Or, ces mesures sont d'autant plus nécessaires que, dans ces domaines et dans celui de la création artistique et culturelle en général, la France revendique une position de premier plan à l'échelle internationale. La MSH "Paris Nord" et l'annonce d'un autre "projet phare" qui lui sera lié, celui de la plateforme "Arts, sciences, technologies", viennent opportunément rappeler et confirmer aux industriels concernés, très nombreux dans le nord francilien (comme nous le verrons), l'attention que la puissance publique porte au développement des secteurs qu'ils représentent.
Il en va de même pour l'autre axe, "Santé et société", où les attentes ne sont pas moins nombreuses et pressantes. À l'heure des pandémies, de la "vache folle" et de la "malbouffe", la demande sociale et les enjeux de santé publique sont suffisants pour que la constitution de pôles fédératifs de recherche dans ce domaine et les synergies qu'ils favoriseront soient tenues pour une priorité nationale. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, par la voix de son directeur général, l'Inserm a d'emblée manifesté son soutien à ce projet-ci et a marqué son souhait d'y contribuer activement. N'est-ce pas une raison de plus pour ne pas tarder à prendre les décisions qui s'imposent ?
Quant aux élus et représentants des administrations et collectivités locales, c'est peu dire qu'ils souhaitent la création de cette MSH et de la plateforme qui lui sera associée. Ainsi que cela apparaîtra plus bas, ils en demandent avec insistance l'installation au plus vite, comme l'une des pièces maîtresses de la redynamisation du tissu social, de l'emploi et du potentiel scientifique, économique et industriel de la Seine Saint-Denis, dans le cadre du rééquilibrage de l'Île-de-France vers le nord et le nord-est. Dès le départ, ils ont d'ailleurs expressément marqué leur soutien au projet, mettant notamment des locaux à la disposition des missions "MSH" et "plateformes".
Aussi n'est-il pas exagéré d'avancer ceci : l'intérêt qu'à travers la mission qu'elle nous a confiée, la tutelle a manifesté en faveur des SHS et des secteurs qu'elle lui assigne, a suscité, révélé ou réveillé des attentes nombreuses et profondes. À partir des perspectives ouvertes par cette enquête, une certaine effervescence mais aussi une authentique dynamique se sont enclenchées dans les universités concernées et en dehors d'elles. Son ampleur a surpris jusqu'aux observateurs les plus avertis. L'on comprendra que, dans ces circonstances, nous nous soyons nous-même soucié d'éviter le moindre retard dans la remise de ce Rapport.
Pour autant, certaines inquiétudes n'ont pas non plus manqué de se faire jour, aussi bien dans la communauté scientifique que parmi les futurs partenaires de la MSH et de la plateforme.
L'État et la Région auront-ils les moyens de leurs ambitions ? Les ministères et les grandes institutions scientifiques, CNRS, Inserm, IRD, etc. contribueront-ils à une implantation dans une zone assez peu favorisée par eux jusqu'à maintenant ? Les coûts de construction, de constitution des fonds documentaires, d'équipement puis de gestion et de fonctionnement de l'établissement n'occasionneront-ils pas des dépenses qu'il serait préférable de consentir en faveur de la rénovation ou de l'extension des structures et infrastructures existantes ? Les moyens en personnels, notamment administratifs et techniques, ne seraient-ils pas plus utilement affectés dans les universités qui, depuis longtemps, les réclament, sans jamais en obtenir autant qu'il serait nécessaire ?
A ces questions d'autres se sont vite ajoutées, touchant aux conditions réservées aux équipes rejoignant la MSH. Ne seront-elles pas coupées des formations, notamment de 2e cycle, où leurs membres enseignent et qui constituent le vivier des futurs jeunes chercheurs ? A l'inverse, ces formations ne souffriront-elles pas de l'éloignement des ressources scientifiques offertes par les laboratoires et équipes de recherche ? Celles-ci, à leur tour, ne seront-elles pas également privées des ressources (bibliothèques, centres documentaires et autres archives) dont elles disposent là où elles sont, aussi insuffisantes soient-elles ? Et si, pour conserver une partie de leurs locaux (notamment pour les enseignements de 1er et 2e cycle), ces équipes choisissent de se "bi-localiser", l'inconfort de cette solution n'entraînera-t-il pas leur éclatement à court ou moyen terme ? Enfin, quelles raisons pourront bien pousser les chercheurs à engager avec leurs homologues des collaborations intra et inter-établissements quand, sauf exceptions notables, elles n'en ont jamais noué de telles par le passé ?
Dernier ensemble de questions, relatives à l'identité de la Maison, à son financement et à l'efficacité de son gouvernement. De quels poids et pouvoirs sa direction et la tutelle disposeront-elles face à des équipes hébergées ou rattachées mais dépendant d'abord, administrativement et financièrement, de leurs universités et établissements d'appartenance ? À l'inverse, comment ses membres s'assureront-ils de la transparence et de l'équité de la répartition des moyens communs ? Et, aux yeux des experts scientifiques des Ministères, du CNRS ou de l'Inserm, quelle sera la visibilité de regroupements thématiques rassemblant des équipes aux niveaux de reconnaissance, ressources et disciplines si disparates ? Enfin, quels statuts et règlements seront à même de faire de la MSH "Paris Nord" moins qu'un laboratoire mais plus qu'une agrégation de chercheurs ou d'équipes n'ayant en commun que d'être logés sous le même toit ?
Ces questions, il est vrai, n'ont pas toujours été formulées aussi directement. En outre, elles se révèlent parfois contradictoires, reflétant la diversité des intérêts en jeu, parfois même leur concurrence. Néanmoins, les ayant entendues de ci de là ou simplement devinées, nous pensons que ce serait une erreur d'en sous-estimer l'importance aujourd'hui, de ne pas les répercuter ici et, parallèlement, de ne pas soumettre à la tutelle des éléments pour y apporter des réponses concrètes.
Troisièmement, il n'est pas apparu nécessaire, au stade actuel de la réflexion, d'aller plus loin dans la formulation des propositions.
L'important est en effet d'en venir aujourd'hui à la validation d'une première esquisse de programme scientifique par la tutelle puis à son adoption par les membres de la future MSH, à son enrichissement, éventuellement à sa réélaboration. De fait, la solidité des aspects scientifiques est, selon nous, la condition sine qua non de l'intérêt du projet "MSH", de son originalité et de sa viabilité à long terme. Or, cette solidité dépend des chercheurs, c'est-à-dire de la clarification collective des problématiques, de l'accord sur les notions et de la complémentarité des contributions. Même si elles ne sont pas suffisantes, du moins est-ce à ces conditions nécessaires qu'à l'heure actuelle, le projet est lié prioritairement. Cela explique pourquoi, contrairement à ce qui est d'usage dans ce type de Rapports, une bonne partie de celui-ci, plus réflexive que prescriptive, sera consacrée à la formulation de questionnements scientifiques, à leur mise en perspective dans un cadre général et à l'élaboration de problématiques intégratrices.
Déjà abondamment discutées avec un certain nombre de chercheurs concernés, mais sans qu'ils n'en aient jamais eu une vision générale, ces propositions ne seront communiquées à ceux qu'elles intéressent au premier chef, membres et partenaires de la future MSH, qu'à partir du moment où, comme nous en faisons le vu, elles auront été favorablement évaluées par la tutelle. De là vient aussi notre choix de le remettre tel quel.
En effet, dans les mois et les années qui viennent, ces membres et partenaires seront les seuls à pouvoir les traduire in concreto. Prenant connaissance de l'ensemble du projet, une fois qu'en amont, il aura été discuté, amendé et validé, ils seront plus aptes à se l'approprier. Probablement certains commenceront-ils très tôt à l'habiter, réellement ou virtuellement, selon la superficie des locaux accordés à la préfiguration évoquée plus haut. En tout cas, il faut s'attendre à ce que, sur la base de leurs réactions et à partir des initiatives qu'ils prendront alors, des dispositions soient adoptées qui n'auront pas été forcément prévues. De même, il est vraisemblable que d'autres équipes et partenaires se manifesteront au fur et à mesure, auxquels il sera d'autant plus aisé de ménager leur place que le dispositif n'aura pas été entièrement fixé dès le départ. Du moins, si les choses se passent ainsi, sera-ce le signe que le projet prend vie et qu'il est réellement porté par ceux à qui il est destiné. D'où l'intérêt de lui laisser encore le maximum de souplesse.
Bien sûr, ce Rapport comporte des réponses aussi précises que possible à toutes les questions qui nous ont été posées. Ces réponses s'appuient sur un ensemble d'observations et de préconisations touchant aux conditions matérielles, financières et organisationnelles de la future MSH. Nous avertirons toutefois d'emblée le lecteur que ces observations n'ont pas toujours fait l'objet de l'ensemble des vérifications et consultations nécessaire. Elles ne donneront donc que des ordres de grandeur 8000 m2 hors uvre, une vingtaine d'équipes hébergées en permanence, entre 80 et 100 chercheurs et enseignants-chercheurs sur place, une vingtaine de personnels administratifs et techniques, plusieurs dizaines d'équipes rattachées ou associées, des surfaces d'accueil temporaires, un centre de documentation, des salles de réunion et de conférence, etc.
En outre, les pages qui suivent ne manquent pas non plus de signaler, chaque fois que nécessaire, certains points restés en suspens, les investigations complémentaires à mener ultérieurement, les choix à faire ou à différer ainsi que les enjeux qui s'y rattachent, les pistes demandant à être mieux explorées, certaines incertitudes difficiles à lever.
Par ailleurs, si, sur la base de ce Rapport, la tutelle valide dans ses grandes lignes le principe de la MSH "Paris Nord", un Conseil scientifique aura non seulement à "assister la direction de la Maison dans la définition et la conduite de sa politique scientifique", selon l'article 8 de la Charte des Maisons des Sciences de l'Homme, mais encore, au stade inaugural, à se prononcer sur l'intérêt et la portée des activités envisagées. D'ici là, les propositions ci-dessous ne valent donc que ce que valent options et hypothèses. A fortiori en ira-t-il de même pour les relations avec partenaires sociaux, élus et représentants de l'administration territoriale. Elles s'inscriront inévitablement dans le contexte des politiques régionales et nationales d'aménagement du territoire.
C'est dire qu'en nous contentant de définir un cadre général pour l'implantation optimale de la MSH dans son environnement géographique, scientifique et institutionnel et en ne suggérant que les priorités qui pourraient être retenues pour favoriser cette implantation, nous espérons avoir respecté les règles de la prudence la plus élémentaire, sans nous dérober pour autant au mandat qui nous a été confié.
Concours et contributions
Avant d'entrer dans le détail de l'étude, il est indispensable de faire brièvement état des concours les plus importants dont elle a bénéficié. C'est bien sûr l'occasion de marquer notre reconnaissance envers ceux qui ont participé à ces six mois d'enquêtes et de réflexions. Mais c'est surtout le moyen de signaler l'importance de leurs contributions et l'influence qu'elles ont eue sur la forme et le contenu du Rapport lui-même. Bien sûr, il va de soi que nous assumons l'unique et entière responsabilité des analyses et propositions qui y sont formulées.
Il est rare, peut-être exceptionnel, qu'une étude de ce type bénéficie, comme cela a été le cas, du soutien permanent et attentif de ses commanditaires. Présents tout au long du processus, MM. Garden, Ilbert et Lyon-Caen n'ont pas seulement veillé à ce que le travail se déroule dans les meilleures conditions institutionnelles, intellectuelles et matérielles possibles. Par les conseils qu'ils nous ont prodigués régulièrement et les initiatives qu'ils ont prises, ils ont assuré au projet "Paris Nord" un poids et une visibilité d'une importance déterminante. Notamment, c'est grâce à eux que les membres de la communauté scientifique, dans les deux secteurs concernés, ont pu voir dans ma mission le témoignage de l'engagement de la tutelle en faveur de cette MSH. Et qu'ils s'y sont du même coup impliqués davantage.
Avant que l'étude de l'éventuelle "MSH Paris Nord" ne nous soit confiée, M. Méla en prévoyait déjà objets et contours. Il l'a d'abord fait dans le cadre du plan d'action dont il avait été chargé en faveur des établissements de l'académie de Créteil, rédigeant à cette occasion un Rapport de Mission exploratoire relative au démarrage de la MSH Nord-francilienne (octobre 1999). Puis, après notre nomination, il en a encouragé les avancées au titre de sa mission U3M sur le pôle de La Villette - Aubervilliers - Saint-Denis. À partir de septembre 2000, il a continué à en accompagner et favoriser les progrès, alors même qu'il venait d'être nommé directeur de la Mission Scientifique Universitaire (MSU). Ce dont, par conséquent, si elle voit le jour, la Maison des Sciences de l'homme "Paris Nord" devra à son intérêt pour ce projet, à son expérience des contextes locaux et régionaux et à la conscience qu'il a de son importance et de ses enjeux scientifiques nationaux, il est impossible de le dire sans être en dessous de la réalité.
Dès le début de notre mission, il est apparu indispensable de mettre en place une cellule permanente de réflexion et de suivi. Celle-ci se compose de trois personnes en plus de nous-même : Mme Martine Bentaboulet, MM. Didier Fassin et Roger Delbarre. Voici, en quelques mots, la nature des contributions que nous avons sollicitées auprès de chacune d'elles et dont nous tenons à dire le zèle, l'efficacité et la rigueur avec lesquels elles s'en sont acquitté.
Selon les termes de la lettre ministérielle, il revenait à Mme Bentaboulet, directeur de recherche au CNRS, en charge du réseau des MSH à la direction de la recherche au ministère de la recherche, de fournir à la mission "tous les appuis nécessaires".
En réalité, elle a fait bien davantage. En permanence, elle a tenu les responsables du ministère informés des développements du projet. Elle nous a également mis en relation avec eux chaque fois que nécessaire, notamment avec Mme Mengin, au Cabinet du Ministère de la Recherche, Mme Brelot, professeur, directeur scientifique pour les sciences humaines à la MSU et avec les autres directeurs scientifiques, M. Claude Puech, professeur, conseiller à la direction de la recherche, ainsi qu'avec M. Commaille, professeur à l'ENS Cachan et président du conseil scientifique du réseau des MSH. Au sein du CNRS, elle a facilité nos contacts avec Mme Maurel, professeur, directrice du département SHS ainsi qu'avec les directeurs scientifiques adjoints concernés, MM. Bruno Péquignot et Alain Peyraube entre autres, et avec le chargé de mission pour l'Île-de-France, M. André Rouquié. Elle a fait de même avec M. Jean-Pierre Dalbera, chef de la mission de la recherche et de la technologie au Ministère de la culture et de la communication, et avec le responsable de l'Institut National d'Histoire de l'Art (INHA), M. Alain Schnapp.
De plus, à notre demande, elle a bien voulu participer à la plupart des réunions qui se sont tenues avec les équipes susceptibles de contribuer à la MSH ainsi qu'avec les responsables et représentants des collectivités locales. En ces circonstances, elle a grandement aidé à préciser les objets et perspectives de la mission, enrichissant en permanence la réflexion grâce aux acquis des MSH créées antérieurement. Enfin, son expérience de la conduite et de l'ingénierie de projets de ce type s'est révélée des plus précieuses. C'est donc peu dire que de dire que cette mission lui doit énormément.
La compétence et la réputation scientifique de M. Didier Fassin, directeur du Centre de recherche sur les enjeux contemporains en santé publique (Cresp) et professeur de sociologie à l'Université Paris 13 ainsi qu'à l'École des hautes études en sciences sociales, le désignaient naturellement pour prendre en charge et coordonner la partie de l'étude relative à l'axe "Santé et société".
Ayant accepté cette responsabilité en plus de ses activités ordinaires, il a pris les contacts et réalisé toutes les enquêtes et concertations nécessaires, notamment auprès des universités, de l'Inserm, de l'IRD et de l'EHESS ainsi qu'avec plusieurs laboratoires du CNRS. C'est donc à lui que sont dues les analyses et propositions concernant cet axe. Mais il a également bien voulu s'associer à la réflexion sur le projet dans son ensemble et, plus particulièrement, sur ses dimensions scientifiques et épistémologiques ainsi que sur les orientations à lui donner. Cela explique que ce Rapport lui soit redevable de bien davantage que des seuls passages dont il a la paternité.
M. Roger Delbarre, enfin, maître de conférences en Sciences de l'information et de la communication et membre du Laboratoire que nous dirigeons à Paris 13, s'est proposé pour nous assister dans l'ensemble des tâches liées à la conduite de cette étude. Nous nous réjouissons rétrospectivement d'avoir fait très largement appel à ses compétences à la fois organisationnelles et scientifiques.
Impossible, en effet, de marquer ici l'ampleur de ses contributions, elles aussi en sus de son service. Nous signalerons seulement que les recherches qu'il mène par ailleurs au sein du LabSic sur la question de l'espace public et les rapports qui s'y nouent entre communication et politique l'ont conduit à s'occuper plus particulièrement de ce volet du projet, essentiel, stratégique et complexe, que constituent les relations et concertations avec les collectivités, élus et acteurs locaux. Les réflexions et analyses qu'il a produites, ses conseils et les initiatives qu'il a prises témoignent de sa clairvoyance et de l'excellente connaissance qu'il possède du contexte de la Seine Saint-Denis. Cette connaissance sera un gage de réussite pour l'implantation de la MSH, si une suite favorable est donnée à ce Rapport.
Sans faire partie de cette cellule, Mme Monique Nahas, professeur à Paris 8, nous a régulièrement donné d'utiles indications sur les environnements virtuels, qui sont l'objet de ses recherches, et au-delà, sur le domaine des "nouvelles images", dont elle est l'une des spécialistes reconnues.
D'autre part, à plusieurs reprises, Mme Françoise Decroisette, Vice-Présidente du Conseil scientifique de Paris 8, a bien voulu s'associer à nos discussions et réflexions ; les éclairages qu'elle a apportés se sont révélés à chaque fois extrêmement féconds ; ses interventions ont été décisives en cette phase d'élaboration du projet. Nous tenons donc à l'en remercier tout spécialement. Il en va de même pour Mme Jacqueline Vauzeilles, son homologue à Paris 13, dont, en plusieurs circonstances, la double qualité de Vice-Présidente du Conseil scientifique et de directrice du Laboratoire d'Informatique de Paris Nord nous a été des plus profitables.
M. Bruno Péquignot, directeur scientifique adjoint "Sociologie" au CNRS, ne nous a pas seulement fourni des renseignements d'une très grande utilité sur la situation de la sociologie et des sciences sociales en France. Il nous a également judicieusement conseillé sur la manière de conduire cette mission.
Nous tenons aussi à citer M. Bernard Miège, conseiller d'établissement de l'université Paris 13, et par ailleurs pionnier de l'approche communicationnelle des industries culturelles en France. Nous lui devons de précieux conseils en ces circonstances.
Enfin, M. Combessie, directeur de lInstitut de recherche sur les sociétés contemporaines (Iresco), a été dune grande aide dans lidentification des équipes et chercheurs susceptibles de participer à la MSH, notamment lors d'une réunion dinformation qu'il a organisée dans ses locaux. Actif et discret, son soutien a été dautant plus appréciable que les équipes de sciences sociales de cet Institut sont actuellement confrontées à plusieurs projets de regroupement à moyen terme, quil sagissait donc de rendre complémentaires et non concurrents.
À partir de mi-septembre, nos initiatives ont été considérablement relayées et démultipliées par les contributions de 17 collègues de Paris 8, Paris 13, du CNRS, de l'Inserm et de l'EHESS.
Les deux axes initiaux ayant en effet été déclinés en plus d'une dizaine de thèmes, c'est sous la responsabilité de ceux qui ont bien voulu en coordonner les travaux et en faire la synthèse, spécialistes de leurs secteurs respectifs, que les réflexions et enquêtes ont été menées. Il n'est pas exagéré de dire que, dans l'organisation générale de cette mission, ces collègues ont alors constitué une sorte de second cercle, en étroite relation avec la cellule de réflexion et de suivi. Leur est donc pleinement dû ce qu'il y a de collectif dans les propositions ci-dessous.
Leur participation est d'ailleurs d'autant plus remarquable qu'elle anticipe heureusement l'appropriation de la future MSH par ses usagers eux-mêmes. Du moins les conditions d'une réflexion collégiale sont-elles maintenant réunies et prêtes à produire leurs effets si la tutelle en exprime le souhait.
Ces collègues, dont les contributions respectives seront détaillées plus bas, sont donc : Monique Nahas (déjà évoquée précédemment), Paris 8 ("Environnements virtuels et création"), Gaston Gross, Paris 13 ("Industries de la langue"), Yolande Combès, Paris 13, et Patricio Tupper, Paris 8 ("Socio-économie de la culture"), Jean-Paul Olive, Paris 8, et François Soulages, Paris 8 ("Esthétiques, arts et industries"), Jean-Marie Pradier, Paris 8 ("Création, pratiques, public"), Jacques Poulain, Paris 8 ("Anthropologie de la communication"), Patrice Bourdelais, EHESS, et Didier Fassin, Paris 13 et EHESS ("Politique, corps et santé publique"), Ilana Lowy, Inserm, et Marc Renneville, Paris 8 ("Construction et diffusion des savoirs médicaux"), Jean-François Hirt, Paris 13, et Edwige Rude-Antoine, CNRS ("Altérité, psychisme et santé mentale"), Marie-José Saurel-Cubizolles, Inserm, et Hélène Bretin, Paris 13 ("Genre, sexualités et santé"), Françoise Plet, Paris 8, et Colette Vallat, Paris 13 ("Espace, environnement et santé").
Soutiens
Régulièrement, la mission a reçu le soutien d'un certain nombre de hauts responsables de l'éducation nationale. Parmi eux, il convient d'évoquer en tout premier lieu Madame Demichel, Directrice des Enseignements supérieurs, qui a demandé à être régulièrement tenue au courant de l'avancée du travail et a bien voulu lui apporter son appui en plusieurs moments décisifs. Il y a également lieu de nommer M. Lespagnol, Recteur de l'Académie de Créteil, ainsi que les Présidents Fabre, de l'Université Paris 8, et Pouchain, de l'Université Paris 13, que nous avons régulièrement rencontrés. Des échanges de vue avec ces personnalités, des conseils qu'elles nous ont donnés et des encouragements qu'elles nous ont apportés, l'action et la réflexion engagées par la mission ont été considérablement enrichies, renforcées et facilitées.
A lInserm, M. Bréart, directeur scientifique chargé de la santé publique, a apporté au projet son soutien immédiat et a fait à D. Fassin des suggestions utiles sur les équipes susceptibles dy participer, ainsi que sur les modalités propres à les y inciter. Par son engagement personnel dans cette phase préparatoire, notamment auprès de la direction générale de son institution, il a grandement favorisé limplication de celle-ci. A lInstitut de recherche pour le développement (IRD), Mme Moulin, directrice du département Santé et société, a inscrit dans son agenda chargé ce quelle considère comme une priorité scientifique et elle a facilité les contacts de D. Fassin avec les chercheurs concernés de son établissement, tout en formulant d'intéressantes suggestions.
Ainsi que cela a été indiqué au départ, l'engagement des collectivités locales, au sein de Plaine Commune (communauté de communes regroupant Aubervilliers, Epinay, Pierrefitte, Saint-Denis, Villetaneuse) a été décisif dès le début de cette mission. Manifestation de leur soutien actif et signe concret du grand intérêt que la MSH "Paris Nord" rencontre auprès d'eux, trois bureaux et deux salles de réunion ont été mis gracieusement à la disposition les missions "MSH" et "Plateformes" pour une durée de six mois à compter du début du mois d'octobre 2000. Des échanges réguliers ont eu lieu avec les représentants de Plaine Commune, les responsables des secteurs "Développement économique, Enseignement et Recherche" ainsi qu'avec le responsable des études d'architecture et d'urbanisme de la Société d'économie mixte "Plaine Développement". Autre témoignage du soutien des collectivités : l'engagement de leurs maires, qui ont bien voulu nous recevoir tous personnellement et à l'intention desquels un voyage d'information et d'étude est organisé en janvier prochain, auprès de la MSH de Poitiers.
Il convient également d'évoquer l'appui de M. Demasure, président de la Cité des Sciences et de l'Industrie, qui nous a reçus à deux reprises, au début et au terme de cette mission, dont nous avons également rencontré les collaborateurs, notamment Mme Nekoval, et avec lequel des échanges de vue approfondis ont permis de mettre en évidence d'importants axes de collaboration entre la Cité et la future MSH.
Est-il utile de rappeler enfin cette évidence ? La Maison des Sciences de l'homme "Paris Nord" ne verra pas le jour sans ceux à qui elle est destinée. D'ores et déjà, la mission d'en étudier la faisabilité n'aurait pas été possible sans leur accord et leur implication. Or, au cours de rencontres individuelles, plus de 150 collègues, experts et responsables divers, ont été consultés. Si l'on y ajoute ceux qui ont participé à près d'une dizaine de réunions (à Paris 8, à Paris 13, à l'Iresco, à Plaine Commune et ailleurs), l'on se fera une idée de l'ampleur de la concertation, des efforts et du temps qui, de toutes parts, auront été consacrés à la future MSH. Même si ce Rapport ne produit qu'un témoignage affaibli de la qualité des échanges qui ont eu lieu lors de ces rencontres, nous avancerons, sans crainte de nous tromper, que cette mobilisation constitue un premier élément plaidant en faveur des suites positives à donner au projet.
Chronologie des opérations
Entre juin et décembre 2000, le travail d'enquête, de concertation et de réflexion s'est organisé en cinq étapes dont la succession n'empêche évidemment pas qu'entre les activités respectives de chacune d'entre elles, des chevauchements soient intervenus.
Les trois premières semaines du mois de juin ont été consacrées à des rencontres avec les responsables du projet, au sein des ministères et de l'administration concernés. Ont également été contactés les principaux responsables des universités et établissements prioritairement intéressés, ainsi que plusieurs représentants des collectivités locales. Parallèlement, a été élaborée une amorce de problématisation, destinée à nourrir la réflexion ultérieure sur le contenu scientifique du programme.
Entre le 20 juin et la fin du mois de juillet, les échanges de vue avec les représentants des institutions, notamment le CNRS, l'Inserm et la Direction des Enseignements supérieurs, ont été intensifiés. Parallèlement ont également été menés des échanges de vue approfondis avec près d'une vingtaine de chercheurs et responsables d'équipes, essentiellement de Paris 8 et Paris 13. Ces entretiens ont permis de formuler, pour l'axe "industries culturelles et arts", une première proposition de structuration thématique.
Entre la fin du mois d'août et la fin du mois d'octobre, les réunions individuelles et collectives ont été multipliées avec les équipes et leurs responsables (à Paris 8, Paris 13 et ailleurs), tandis qu'à partir du mois de septembre, les coordonnateurs de thème en affinaient les perspectives en concertation avec les chercheurs invités à y fédérer leurs initiatives. Parallèlement, un travail du même type a été mené sur l'axe "Santé et société" par Didier Fassin qui a organisé une série de réunion sur chacun des cinq thèmes identifiés. Enfin, une étroite concertation s'est engagée avec les responsables des collectivités, notamment ceux de Plaine Commune.
Durant le mois de novembre et jusqu'au début du mois de décembre, se sont ajoutées à ces activités deux tâches très différentes mais aussi importantes l'une que l'autre : d'une part, l'examen avec les coordonnateurs de thèmes des éléments scientifiques à privilégier au sein du programme ; d'autre part, les enquêtes et consultations à propos de la location de locaux susceptibles d'abriter les activités préfiguratrices de la MSH.
La dernière période correspond à la deuxième et à la troisième semaine de décembre. Sans entraîner, bien au contraire, la suspension des activités précédentes, en particulier les échanges avec les élus ainsi qu'avec les coordonnateurs de thèmes, la priorité a été donnée à la formulation générale du projet, de manière qu'y soit intégré l'ensemble des contributions pertinentes. C'est également au cours de cette période qu'ont été rédigées ces pages.
Encore largement ouvert et évolutif, par conséquent, ce document demande à être pris pour ce qu'il est : un Rapport d'étape destiné à préparer de futurs développements.
Il se décompose en cinq volets :
- "Questions sur la question", où seront détaillés et analysés la demande initiale, telle que formulée par le ministère et interprétée par nos soins, ainsi que ses déterminants et implications sur les orientations de l'étude.
- "Problématiques ambitieuses à élaborer collectivement", à propos des contenus, où seront successivement présentés les questionnements correspondant à chacun des deux axes et les thèmes qui les déclineront, assortis de la mention des équipes ayant contribué à leur structuration et susceptibles de rejoindre la future MSH sur cette base.
- "Pratiques novatrices", à propos des principes, où seront exposés critères, règles et conditions propres à assurer aux recherches menées au sein de la MSH "Paris Nord" une dimension réellement interdisciplinaire et l'accès à des approches et disciplines jusqu'alors peu sollicitées dans et hors SHS.
- "Structure fédérative et coopérative", à propos de la configuration, où sera proposée une manière efficace d'organiser coopérations scientifiques et partenariats au sein de la MSH ainsi qu'entre elle et d'autres structures.
- "Conditions indispensables", où seront mentionnés moyens matériels, financiers nécessaires à l'implantation et au bon fonctionnement de la future MSH. Y figurera également la références aux conditions indispensables à sa préfiguration, dès la mi 2001.
À ceux et celles qui se prononceront sur le bien-fondé de ses propositions, ce Rapport présente donc les prémices d'une étude préparatoire. Il propose aussi les prémisses d'actions à venir. Tel est ce qu'à notre niveau, nous avons cru utile d'en faire.