Conclusion

synthèse et perspectives

 

 

Au long de la trajectoire qui, du questionnement initial sur la question, nous a menés à la formulation d'un programme scientifique et à la préconisation des dispositions propres à en accompagner et faciliter l'application, le projet de la MSH "Paris nord" a pris corps.

En sa faveur, un ensemble varié et disparate de remarques, observations et recommandations émaille les développements qui viennent de lui être consacrés. Ensemble dispersé, il est vrai, mais qu'il n'est pas forcément souhaitable de chercher à resserrer dès aujourd'hui. Nos propositions sont en effet le fruit de plusieurs mois de réflexions et débats à chaud. Il n'est pas mauvais de leur laisser le temps de décanter un peu.

Pour autant, la réponse que nous apportons à la question initiale sur la faisabilité du projet est sans équivoque : il n'est pas seulement possible, il est souhaitable, nécessaire et urgent d'engager la mise en œuvre de la MSH "Paris Nord". À l'appui de cette réponse, contre et malgré les objections qui lui ont été opposées ou qui le lui seront inévitablement, nous avons fait valoir un certain nombre de raisons. Elles-mêmes ne valent cependant que sous certaines conditions, également énoncées plus haut.

Le rappel des unes et des autres qu'à titre conclusif, nous effectuons maintenant devrait permettre au lecteur de mieux juger de ce sur quoi nous débouchons. Il s'agit donc moins d'une récapitulation que d'un accès à l'essentiel. Aussi incomplètes et schématiques soient-elles, les formulations qui suivent reprennent en effet des observations présentées et inégalement développées précédemment. Mais elles sont regroupées et organisées plus logiquement que ce n'a été le cas.

Ainsi une sorte d'argumentaire se déploie-t-elle, articulé autour de trois éléments se retrouvant à chacun des niveaux où le projet de la MSH se décline désormais.

 

• La référence aux objectifs : à qui et à quoi la future MSH servira-t-elle ? Cette question émane bien sûr du ministère, qui est à l'origine de l'étude. Elle a toutefois été reprise, diffractée et reformulée pour leur propre compte par ceux à qui la MSH s'adresse, ses membres et ses partenaires, lesquels n'ont pas manqué de lui apporter autant de réponses que le projet comporte désormais de buts et de finalités.

 

• L'expression des risques, traduits ou non sous forme d'objections explicites : par rapport aux buts recherchés, quels obstacles prévisibles ? Face aux priorités affichées, quelles autres priorités sacrifier ? Ou au contraire quelles finalités maintenir ? En contrepartie des avantages obtenus, quels inconvénients redouter ? Autant de questionnements, souvent critiques, qu'il aura fallu traduire et consigner le plus fidèlement possible.

 

• Les réponses aux objections : non pas la réfutation des critiques précédentes mais des nuances ou des réserves. Ou encore la mention des dispositions à prendre pour atténuer des incidences négatives n'ayant pas toujours été envisagées au départ. Non pas, par conséquent, des contre-objections mais des éléments supplémentaires à verser à un dossier qui s'en trouve du même coup enrichi de la références aux implications, conditions et conséquences pratiques à tirer de la séquence des questions, réponses et réponses en question.

 

Tels sont les éléments qu'à chaque fois, le lecteur retrouvera ci-dessous, de l'un à l'autre des objectifs assignés à la future MSH, accessoirement à la plateforme "AST".

 

 

_ Objectif n°1 : Créer les conditions et occasions de synergies en mettant des équipements, moyens et surfaces de travail communes à la disposition d'équipes de la même université mais appartenant à des disciplines différentes ou relevant de la même discipline mais appartenant à des universités différentes.

A cet objectif, nous avons vu que, sous une forme interrogative, une objection a déjà été parfois opposée. Il est probable qu'elle le sera plus ouvertement encore au fur et à mesure que le projet se développera : quels motifs suffisamment puissants ces équipes auront-elles de rechercher des synergies au sein de la MSH, alors que, par le passé et sauf exception notable, elles n'ont pas noué entre elles les collaborations qui y auraient conduit ?

La réponse à cette interrogation tient en quatre points, évoqués dans le Rapport mais synthétisés ici.

 

• L'existence de la MSH aura un puissant effet déclencheur, tenant aux deux facteurs, inédits et complémentaires, que seront son programme scientifique fédérateur (dont ce Rapport fournit l'esquisse) et la disponibilité de lieux propices aux échanges et au travail en commun. Dans les universités concernées, l'efficacité de ce déclencheur se mesure d'ailleurs déjà à l'effervescence et à l'ampleur de la mobilisation suscitée par la simple annonce du projet.

• Visant respectivement à articuler deux domaines à chaque fois, "Industries de la culture et arts" et "Santé et société", les axes proposés par le Ministère feront plus que favoriser, ils exigeront synergies et rapprochements interdisciplinaires.

• Ces deux axes intéresseront un grand nombre d'équipes, sans qu'aucune ne puisse toutefois réclamer à son profit un quelconque leadership, propre à dissuader les autres de contribuer activement au projet.

• Collaboration ne signifie pas homogénéisation ou fusion. Au contraire, l'émulation entre équipes et chercheurs, condition sine qua non du progrès scientifique, sera d'autant mieux assurée qu'au sein de la MSH, les contributions de chacun seront bien identifiées et délimitées.

 

Ces réponses sont cependant elles-mêmes conditionnées par un ensemble d'éléments, longuement évoqués précédemment et dont les deux principaux devaient suffire à indiquer le type de conditions à réunir pour favoriser synergies et rapprochements interdisciplinaires.

 

• D'une importance capitale sera l'existence d'un centre de documentation (également ouvert à des chercheurs extérieurs, sous certaines conditions) offrant à la consultation un ensemble substantiel d'ouvrages destiné à toutes les équipes, complété par des archives spécialisées dans certains secteurs et ne faisant pas double emploi avec les fonds disponibles ailleurs, notamment à Paris. Intégrant également des ressources numérique sur site et en ligne, ce centre aura notamment pour vertu d'inciter les chercheurs de la MSH à y séjourner et donc à cohabiter les uns avec les autres. Il en fera aussi un pôle d'attraction propice au rayonnement de l'établissement dans le reste de la communauté scientifique.

• Les principales conditions matérielles et scientifiques de la synergie étant réunies, il faudra en créer et multiplier les occasions concrètes. Seront par exemple favorisées, au titre des priorités, la candidature de fédérations d'équipes auprès du CNRS ainsi que la formulation de réponses collectives aux appels d'offre nationaux et européens.

 

 

_ Objectif n°2 : Ériger la MSH "Paris Nord" en pôle de référence dans les deux domaines visés de manière à renforcer le potentiel scientifique et pédagogique des universités qui y auront délégué leurs équipes.

Par rapport à cet objectif, deux risques évoqués fréquemment ont été analysés dans le corps du Rapport. Ils sont d'ailleurs symétriques l'un par rapport à l'autre.

• Il y a lieu de craindre que les équipes hébergées par la MSH ne se coupent de leurs composantes. Loin de profiter à leurs universités d'appartenance, leur départ en provoquerait alors l'appauvrissement, sans contrepartie positive.

• A l'inverse, il faut redouter que les équipes, leurs chercheurs et, plus encore, les personnels administratifs et techniques, ne souffrent de cet éloignement par rapport à leur environnement et ne soient fâcheusement privés du voisinage des collègues des autres composantes, de la présence sur place des services communs et de tout ce qui fait la vie d'un campus.

 

Par rapport à ces risques, nos réactions sont de quatre ordres.

• Sa participation aux activités d'une équipe de recherche n'interdit ni n'interdira à aucun enseignant-chercheur d'assurer les enseignements dont il est redevable dans le cadre de son service statutaire là où ils ont lieu. Cette réponse vaut surtout pour les enseignements de 1er et 2e cycle, ceux de 3e cycle étant délivrés au sein de la MSH.

• La délocalisation complète des équipes hébergées par la MSH ne sera ni obligatoire, ni souhaitable. Au contraire, il serait opportun que chaque équipe conserve l'accès à un minimum de locaux dans son université. Dans certains cas, la bilocalisation pourra même être la meilleure des solutions.

• Aux équipes qui le souhaiteront il sera possible d'être rattachées à la MSH sans y disposer de locaux propres mais, en contrepartie, sans perdre la jouissance de ceux dont elles disposent.

• Il y aura une vie collective à créer et animer sur le site même de la MSH en s'appuyant notamment sur les dimensions culturelles et artistiques consubstantielles à son projet.

Encore faudra-t-il que trois conditions minimales soient remplies.

• Premièrement qu'en faveur de la bilocalisation, l'emplacement définitif de la MSH privilégie les critères de facilité d'accès et de disponibilité des moyens de transports en commun, en sorte que les inconvénients de la distance soient minimisés et qu'en particulier la MSH ne soit pas coupée des universités qui y auront délégué leurs équipes.

• Deuxièmement que des surfaces idoines soient prévues pour accueillir, aux côtés des doctorants, post-doctorants et autres chercheurs, des étudiants de 2e cycle et de DEA, notamment au titre d'assistants de recherche. Il conviendra également que des surfaces d'accueil temporaires réservent les meilleures conditions de travail possible aux équipes rattachées à la MSH sans y être hébergées ainsi qu'aux chercheurs de passage.

• Troisièmement que les personnels de la MSH trouvent dans leur environnement proche des facilités telles que système de restauration collective ainsi qu'équipements culturels et sociaux.

 

 

_ Objectif n°3 : Concentrer sur la MSH des ressources en chercheurs, personnels administratifs et techniques, ainsi qu'en locaux et équipements afin de favoriser la mutualisation des investissements et la réalisation d'importantes économies d'échelle.

La critique susceptible d'être adressée aux partisans de cet objectif est la suivante : les investissements en faveur de la MSH s'effectueront au détriment de ceux destinés aux structures existantes. Quant au coût du déplacement des équipes concernées, il y a lieu de craindre qu'il n'annule les gains induits par leur regroupement.

À cette double critique nous opposons trois arguments principaux.

• Sur les sites "historiques" de Paris 8 et de Paris 13, disponibilités foncières et possibilités d'extension sont désormais limitées. Celles qui subsistent ne se prêtent de toutes façons pas à un projet de l'ampleur envisagée (environ 8000m2, dont 5000m2 au sol). En tout état de cause, il y aurait donc lieu de procéder à de nouvelles emprises foncières, lesquelles ne seraient pas forcément plus proches des campus que ne le seront MSH et plateforme.

• Sous réserve de leur disponibilité et en fonction des besoins, les surfaces d'accueil temporaire de la MSH, certains de ses locaux spécialisés ainsi que ses équipements techniques et ceux de la plateforme seront mis à la disposition d'autres équipes, appartenant aux universités concernées mais non liées à ces deux structures (par exemple, pour l'organisation de manifestations scientifiques).

• Les affectations en personnels et moyens en faveur de la MSH ne devront pas être prélevées sur le contingent "normal" des universités. Elles s'y ajouteront en reconnaissance des activités supplémentaires liées à la MSH. Cela ne signifie pas que, pour les activités existantes, simplement transférées, les équipes ne devront pas rejoindre la MSH avec les moyens financiers et en personnel qui sont les leurs.

 

Quant aux affectations supplémentaires, l'on peut, certes, s'attendre à ce qu'elles viennent des Ministères intéressés par la MSH. Mais il reste indispensable que des sources spécifiques de financement soient recherchées auprès d'autres organismes, tels que CNRS, Inserm et IRD, collectivités territoriales, Commission européenne, etc. L'identification de ces sources complémentaires et indispensables et leur sollicitation seront du ressort de la MSH en tant que telle aussi bien que de chacune des équipes qui y seront rattachées.

 

_ Objectif n°4 : Conférer aux équipes la visibilité nationale et internationale due à leur appartenance à la Maison des sciences de l'homme "Paris Nord" et au réseau des MSH.

 

Deux objections ont déjà été faites à cet objectif et il est prévisible qu'elles le seront encore à l'avenir.

• D'une part, la visibilité des équipes fédérées risque de nuire à celle de chacune d'elles, dans sa discipline propre.

• D'autre part, si l'accent est mis sur la visibilité collective, les équipes rattachées à la MSH vont avoir tendance à constituer une sorte de club refermé sur lui-même, dont les membres deviendront solidaires les uns des autres mais seront également inévitablement guettés par la sclérose.

 

Sans sous-estimer l'importance de ces objections, nous leur opposons les trois arguments suivants.

• L'expérience des MSH existantes montre qu'il n'y a pas incompatibilité entre la visibilité de la Maison et celle de chaque équipe. Au contraire, l'une et l'autre se renforcent mutuellement.

• Si le risque de sclérose menace tout établissement de ce type, il sera quand même moins sensible ici que pour les Maisons consacrées à une seule discipline.

• La configuration en trois cercles concentriques (noyau dur, équipes rattachées mais non hébergées, équipes et chercheurs rattachés ponctuellement par appels d'offre) facilitera le renouvellement des personnes et problématiques. Elle rendra aussi plus aisé le départ en douceur de telle ou telle équipe en même temps qu'elle favorisera l'intégration progressive de telle ou telle autre.

 

Encore faudra-t-il pour cela que la mise en œuvre de stratégies collectives pour la publicisation des activités scientifiques générales de la MSH s'ajoute, sans les concurrencer, aux actions engagées par les équipes de chaque thème. À cet égard, la vigilance du Conseil scientifique de la MSH devra s'ajouter aux évaluations du Conseil du Réseau et à celles du CNRS et de la MSU.

 

_ Objectif n°5 : Associer MSH et plateforme "Arts, sciences, technologies" permettra de constituer un dispositif complet et cohérent, de la recherche fondamentale à la recherche appliquée.

Même si l'on mesure aisément les avantages d'une telle association, ses inconvénients sont liés au danger de détournement des activités de la MSH, tirées par et vers des applications n'ayant rien à voir avec la recherche scientifique, mais portant davantage sur le développement et une production de type industriel.

Dans le corps du Rapport, deux arguments ont été opposés à cette objection.

• L'existence d'un continuum, allant de la recherche fondamentale à la recherche appliquée, ne signifie pas la contamination de la première par la seconde (et réciproquement). Plus exactement, dans les cas où elle s'observe, cette contamination ne se produit que lorsque l'un des deux pôles n'est pas assez solide. Or, telle n'est pas la situation, MSH et plateforme affichant deux finalités qui ne sont pas du tout superposables.

• La complémentarité des deux structures facilitera au contraire la distribution des activités vers l'une ou vers l'autre, tout en permettant aux équipes d'intervenir éventuellement sur l'une et sur l'autre. Par ailleurs, il existe, notamment dans les universités, des structures de valorisation, parfois même de capital-risque, avec lesquelles MSH et (plus encore) plateforme auront à travailler sans chercher aucunement à les concurrencer ou à en tenir lieu.

Il n'en reste pas moins que, parmi les conditions à ménager en faveur de cette conjonction, il en est une qui appelle une décision immédiate : la complémentarité fonctionnelle des deux structures suppose que leurs projets soient menés conjointement et qu'une structure permanente de concertation assure l'articulation de leurs programmes respectifs.

 

_ Objectif n°6 : Localiser MSH et plateforme sur le pôle de La Villette - Aubervilliers - Saint-Denis, conformément aux priorités du CPER et du Plan U3M de manière à bénéficier du soutien de l'État, de la Région et des collectivités locales.

Restera à s'assurer — disent (ou diront) les pessimistes — de la réalité de ce soutien. D'ores et déjà, les 30 millions de Francs prévus par le CPER pour l'édification de la Maison ne sont-ils pas largement insuffisants, puisque, selon les premiers calculs, il en faudrait environ 80 ?

 

À cette objection nous avons répondu à plusieurs reprises dans le corps de ce Rapport.

• Il y a en particulier été rappelé que le montant prévu par le CPER ne sert qu'à marquer la volonté de l'État d'engager le projet. Si les conclusions de cette étude-ci sont favorablement accueillies, des financements ad hoc seront alloués, notamment à l'occasion du mi-parcours du Contrat de plan.

• Le voisinage et la complémentarité de la plateforme et de la MSH devraient permettre de dégager des investissements destinés aux réalisations communes des deux structures.

• L'installation des équipes dans la MSH n'a pas besoin d'être effectuée d'un seul coup. Au contraire, un fractionnement en deux tranches (séparées par le mi-parcours du CPER) favorisera la montée en puissance du dispositif et permettra de répartir les investissements en fonction des urgences et au fur et à mesure des nécessités.

Deux conditions doivent toutefois assortir ces réponses.

• D'une part, il faudra de toutes façons que soient recherchés des compléments d'investissement hors CPER. Les collectivités territoriales auront alors à concrétiser leur soutien au projet ; d'autres instances devront également être sollicitées, notamment européennes (ainsi qu'indiqué plus haut).

• D'autre part, la modularité de la montée en puissance ne devra pas s'effectuer au détriment de l'unité et de la cohérence du programme scientifique et du projet architectural. Sur ce point, il faudra exercer toute la vigilance nécessaire.

 

 

_ Objectif n°7 : Trouver dans l'environnement économique et social de la Seine Saint-Denis le lieu et la matière privilégiés des activités de la MSH et de la plateforme.

S'il est vrai que les besoins sont massifs dans les deux secteurs concernés, "industries culturelles et arts", "santé et société", ils sont aussi diffus et souvent difficiles à cerner. Des réponses adéquates risquent donc d'être hypothéquées par la pression excessive que feront peser des réalités sociales et économiques qui, par nature, ne font pas de discrimination entre les ordres de priorité et les niveaux d'importance.

En outre, vouloir faire vivre MSH et plateforme au rythme des besoins et attentes des acteurs économiques et sociaux, locaux ou non, reviendrait à chercher à les transformer l'une et l'autre en prestataires de services. C'est-à-dire à se mettre en opposition avec leurs finalités fondamentales et à contredire ce qui, plus généralement, donne sa liberté à la recherche, son aptitude à rompre avec l'actualité du moment et les contingences à court terme.

 

• Sensibles à la première difficulté, celle de fédérer et faire s'exprimer les besoins, les collectivités travaillent actuellement à la mise en place d'instances intermédiaires, telles que le Pôle audiovisuel, cinéma, multimédia du nord Parisien. Ce pôle est appelé à devenir un partenaire privilégié de la future MSH et de la plateforme.

Par ailleurs, d'autres institutions, comme la Cité des sciences et de l'industrie, dans une moindre mesure le Métafort et la Cité de la terre, devraient jouer le même rôle par rapport à la MSH et à la plateforme. Cela suppose toutefois que soient intensifiés les contacts avec ces institutions, dans le cadre de conventions de partenariat. Cela suppose aussi que MSH et plateforme s'appuient sur des institutions nationales, telles que les services de recherche du Ministère de la Culture et de la Communication, l'Inserm, l'IRD ou l'Inria.

• D'autre part, il n'est évidemment pas question d'instrumentaliser MSH et plateforme. Le danger s'en ferait-il sentir qu'il reviendrait immédiatement au Conseil scientifique et aux autres organes de régulation et de surveillance de réagir vigoureusement, exactement de la même façon que dans les universités et autres établissements scientifiques.

 

_ Objectif n°8 : Combiner ancrage local et ouverture sur le national et l'international.

Plus facile à formuler qu'à réaliser, la recherche de cet objectif est confrontée à deux tendances contradictoires l'une par rapport à l'autre mais aussi défavorables l'une que l'autre :

• celle du puissant tropisme parisien qui risque, sinon d'annuler le volontarisme local, du moins de le concurrencer fâcheusement,

• celle de la "ghettoïsation" et de l'enfermement dans un territoire qui n'est pas remis de la désindustrialisation brutale qu'il a connue depuis 15 ans et qui est donc encore loin de disposer de toute les infrastructures matérielles et immatérielles indispensables à son ouverture au national et à l'international.

 

Face à ces deux risques, nos analyses ont mis l'accent sur plusieurs éléments propres à en atténuer la menace, à défaut de la supprimer complètement.

• Il n'y a pas concurrence a priori entre local et national. Encore moins y a-t-il incompatibilité entre ces deux niveaux.

En réalité, l'accès au lointain passe par l'expérience du proche. Il en va à cet égard de la démarche des institutions scientifiques comme du progrès de la connaissance. Il n'y a en effet que le particulier pour se prêter à la généralisation ; le général, lui, ne la favorise pas. Être de Seine - Saint-Denis offrira à la MSH et à la plateforme une implantation d'autant plus avantageuse que leurs racines plongeront plus profond dans le terreau local. Y a-t-il, en effet, sur ce territoire questions plus actuelleRs et plus urgentes que celles dont leurs équipes vont traiter, à la croisée entre industries culturelles et arts, entre santé et société ? Et les réponses apportées hic et nunc à ces questions n'auront-elles pas la portée qui fait tant défaut aux approches "hors sol" ?

• Ce territoire connaît en outre un développement économique et social extrêmement rapide (comme en témoigne d'ailleurs, au détriment des projets immobiliers de la MSH, la flambée des prix sur les terrains). Son désenclavement est donc largement engagé, ce qui signifie qu'il n'est pas trop tôt pour travailler à une implantation définitive. Bien au contraire !

• La possibilité offerte à la MSH et à la plateforme de s'inscrire dans un projet urbain en train de se faire et d'y intervenir constitue l'un des gages les plus importants de leur bonne implantation en Seine - Saint-Denis. Sans être tout à fait vierge, l'environnement reste en effet à structurer, et MSH et plateforme pourront légitimement prétendre y contribuer, au moins dans une certaine mesure, non sans infléchir à leur profit les décisions encore à prendre, notamment pour le tracé des voies de circulation, l'organisation des transports collectifs et le maillage des réseaux "large bande".

 

Ce dernier argument suppose toutefois que, si le projet est approuvé, une option soit prise au plus vite sur un terrain, sans attendre nécessairement l'échéance de la décision par rapport à la candidature française au J.O. (juillet 2001). De la sorte, la concertation pourra être engagée au plus vite avec les pouvoirs publics et les instances responsables de l'urbanisme et des infrastructures.

 

_ Objectif n°9 : Profiter de la dynamique engendrée par l'étude de faisabilité en passant dès maintenant au stade d'une préfiguration.

La question soulevée par cet objectif est de savoir s'il serait envisageable par la tutelle de financer la location de bâtiments d'une superficie de 1000 à 1500 m2, pour un montant annuel d'environ 2 millions de francs jusqu'à fin 2004.

Sans anticiper les réactions de la Direction des enseignements supérieurs, deux éléments militent en faveur d'une réponse positive.

• Dans les deux universités principalement concernées (et dans d'autres), figurent de toutes façons des équipes à loger ou à reloger d'urgence, partiellement ou totalement. En tout état de cause, pour celles-ci, il n'y a pas d'autre solution que locative.

• Le recours à des locaux provisoires aura l'avantage d'amorcer l'installation de plusieurs équipes concernées et de ne pas laisser retomber la mobilisation de six mois d'enquête et de consultation.

 

Cette solution n'aura d'ailleurs d'intérêt que si, complémentairement et parallèlement aux études et initiatives visant l'implantation définitive de la MSH en 2004, selon l'échéancier de la fin du cinquième volet de ce Rapport, des dispositions sont prises pour éviter au projet scientifique toute latence qui lui serait forcément préjudiciable. Il y aura donc lieu de mettre à profit cette période de préfiguration pour inviter les équipes à dépasser le stade de la simple coexistence, voire celui des fédérations pluridisciplinaires. Progressivement, elles pourront en venir à de véritables collaborations interdisciplinaires dont, sans risque majeur, elles appréhenderont avantages et contraintes. Ainsi seront-elles placées dans les meilleures conditions pour se préparer à cette synergie des ressources intellectuelles et matérielles d'où la MSH tirera raison d'être et légitimité.

Leur faudra-t-il affiner, voire infléchir le programme scientifique ? Prévues à cet effet, rencontres scientifiques régulières, colloques, éventuellement universités d'été les conduiront à tester la pertinence de la thématisation proposée pour chacun des deux axes et à en interroger les intersection de l'un à l'autre. Leurs rencontres devront également être assez attractives pour que d'autres chercheurs ou équipes, absents du projet pour le moment, souhaitent s'y joindre et fassent acte de candidature auprès de la MSH.

 

 

 

 

Tels sont, brièvement résumés, les principaux objectifs, risques et contre-arguments, réponses aux objections et conditions à satisfaire dont la prise en compte conditionnera la réussite du projet de la MSH "Paris Nord". Souvent signalé, un dernier élément n'y figure pas, sur lequel il faut donc aussi revenir : quoique formulées par nous, ces propositions émanent en fait, pour la plupart, de ceux auxquels nous nous sommes adressé, dont nous avons été le porte-parole et qui ont bien voulu marquer leur intérêt pour le projet en y contribuant. Ne seraient-elles évoquées que par de simples allusions, ces contributions témoignent de la présence d'un collectif de chercheurs et d'experts, désormais prêts à travailler collégialement à ces propositions pour les améliorer et les prolonger.

Pour cela, il faut simultanément se donner du temps et faire vite.

Se donner du temps. Incompressibles sont, de toutes façons, les délais dus à l'évaluation de ce projet, et, si la tutelle y est favorable, à la validation de ses préconisations, aux décisions à prendre, à la recherche des sources complémentaires de financement, au choix du terrain pour bâtir, à la réalisation des études, à la conception et à la construction du bâtiment, à son équipement, à la sélection définitive des équipes et à toutes les autres tâches qui attendent la structure en charge du projet. D'ici fin 2004, nous avons donc un peu de temps. Pas beaucoup certes, mais suffisamment pour approfondir, valider et prolonger les suggestions ci-dessus, engager d'autres enquêtes et susciter de nouvelles mobilisations, hors du cercle de ceux qui ont déjà été rencontrés. Il en va de la qualité du programme définitif ainsi que de la vocation nationale et internationale de la future MSH et de la plateforme qui lui sera associée.

Faire vite. Nous l'avons indiqué à plusieurs reprises, l'intérêt vif manifesté par les chercheurs concernés et leur impatience, la situation critique où se trouvent les SHS, spécialement en Seine - Saint-Denis, les attentes des élus et acteurs économiques de la région et leur volonté affichée de soutenir le projet, l'importance des deux axes pour les SHS en général sont autant de facteurs militant en faveur de décisions rapides. Une préfiguration concrétisera opportunément les perspectives ; cette MSH "Paris Nord" en miniature permettra également de tester les principales propositions et d'éprouver certaines options du projet définitif. La tâche n'est pas simple, mais ce sera la simplifier un peu que de s'y atteler rapidement en mettant dès maintenant en place une structure ad hoc.

 

De notre part, il aurait été présomptueux de placer cette étude de faisabilité sous le signe de Fernand Braudel. Peut-être cependant, le lecteur aura-t-il reconnu, serait-ce de loin, dans l'attention portée aux problèmes théoriques et épistémologiques, dans l'exigence interdisciplinaire et dans l'ambition novatrice qui animent nos propositions quelques-uns des principes chers au fondateur de la première des MSH, celle de Paris. Du moins, pour la dernière en date de toutes celles qui l'ont suivie, celle de Paris Nord, espérons-nous mutatis mutandis être restés fidèles à l'esprit des origines.

Avec la fin de ce Rapport, notre mission s'achève. Nous souhaitons que ses résultats autorisent maintenant une étape nouvelle.