Premier volet

 

QUESTIONS SUR LA QUESTION

 

Au lieu d'entrer immédiatement dans le compte rendu des résultats et dans la formulation des propositions qui en découlent, il est indispensable de passer par une étape préalable : celle de l'analyse de la demande. En cerner au plus près la nature et les contours, identifier les raisons qui l'ont motivée et appréhender les enjeux qui lui sont liés, telles ont, en effet, été les tâches prioritaires, du jour où cette mission nous a été confiée.

En y revenant ici, nous n'avons évidemment pas pour intention de faire pénétrer le lecteur dans toute sorte de détails qui ne l'intéressent pas forcément. La genèse de l'enquête ne vaut que rapportée aux résultats qu'elle a permis d'obtenir. Il ne s'agit donc ici que de présenter un éclairage préliminaire sur la manière dont, au départ, nous avons cru devoir interpréter le mandat qui nous était confié. De la sorte, le lecteur sera plus sensible, espérons-le, aux conséquences que cette interprétation a eues ensuite sur la manière d'aborder les problèmes et de procéder.

La raison du détour est simple : avant d'avoir un avenir, les projets de ce type ont un passé. Et la connaissance de ce passé constitue, à n'en pas douter, un élément important pour la compréhension des contextes qui les ont vu naître. Par voie de conséquence, elle détermine aussi la formulation des problèmes et n'est donc pas non plus sans incidences sur la façon de les aborder.

Aussi l'objet de ce premier volet est-il de questionner la question. Sous-tendue par une analyse sans prétention scientifique, cette présentation s'inspirera néanmoins — serait-ce de loin — du type de démarche volontiers pratiqué par les SHS : démarche généalogique selon Jean Piaget ou "régressive" selon Philippe Ariès.

Partant de la question telle qu'elle a été posée ("Un triple mandat"), nous en examinerons les contextes ("Aux origines de la demande"), les conditions dans lesquelles elle a été relayée par la tutelle ("Ministères et CNRS : pour une convergence des critères"), la manière dont elle a été soumise à la communauté universitaire ("Universités : disparité et rapprochements"). Le cinquième et dernier point sera consacré à une tentative de mise en ordre des grandes priorités. Il s'agira d'y organiser les unes par rapport aux autres, selon leurs échéances respectives, les attentes multiples et diverses qui ont déjà été évoquées dans le préambule et que nous aurons vu plus précisément ici se cristalliser sur le projet lui-même ("Vers une hiérarchie des temporalités").

 

 

 

 

1 - Un triple mandat

Telle que formulée dans la lettre de MM. Garden et Lyon-Caen, la mission "MSH Paris Nord" comporte trois objets (ou ensembles d'objets) que nous proposons de reprendre, caractériser et interpréter. Ils ont trait respectivement aux contenus, axes et thématiques, à la localisation et aux conditions d'implantation et enfin aux conditions matérielles et financières de lancement et de fonctionnement.

 

 

• Contenus, axes et thématiques•

 

A propos des contenus, objet d'un premier ensemble de questions, il nous est demandé d'"identifier les thématiques (...) susceptibles d'être développées dans deux secteurs de recherche avec la participation des différentes disciplines". L'objectif du ministère est clairement affiché : structurer la recherche dans deux secteurs censés avoir une portée fédératrice.

Or, ces secteurs sont fixés au départ. Il s'agit, d'une part, de "SHS, industries culturelles et arts" et, d'autre part, de "SHS et santé", la lettre précisant que ce sont eux qu'il appartiendra à la future MSH de "contribuer à structurer si possible". Les questions posées sont donc celles de la pertinence de ces deux secteurs, de l'intérêt de regrouper les recherches existantes sur les deux axes qu'ils représentent — "industries culturelles et arts" et "santé et société" —, et de l'opportunité de favoriser l'émergence de nouveaux types de recherche s'y référant.

Par ailleurs, un certain nombre d'exigences sont sous-jacentes à la demande ministérielle, conditionnant par contrecoup l'orientation à apporter aux réponses que nous allons lui faire. Ces exigences sont au nombre de trois, d'égale importance même si elles se situent à des niveaux différents.

 

- La première d'entre elles tient à l'originalité de la démarche adoptée par la Direction de la recherche, laquelle prend l'initiative de proposer ces deux axes, alors que, par le passé, les autres MSH se sont le plus souvent établies à partir des suggestions du terrain et sur la base des équipes et disciplines existantes.

 

Les avantages de cette initiative sont évidents. Le choix préalable des axes fait faire l'économie de concertations d'autant plus laborieuses et incertaines qu'en ces matières, la recherche d'un dénominateur commun visant à satisfaire tout le monde débouche fréquemment sur des propositions ne satisfaisant vraiment personne. En outre, l'identification a priori des secteurs appelés à nourrir le programme scientifique de la MSH présente l'intérêt de contrarier la tendance fâcheuse des chercheurs au repli monodisciplinaire. Enfin, avantage non négligeable, si ces deux axes intéressent un grand nombre d'équipes susceptibles de participer à la MSH, aucune ne peut toutefois s'en prévaloir pour réclamer à son profit un quelconque leadership, ce qui dissuaderait inévitablement les autres de contribuer à l'élaboration du programme et pourrait même les détourner de la MSH.

En cela, le projet se distingue donc de ceux ayant présidé aux autres MSH, au sein desquelles la pratique interdisciplinaire n'est souvent intervenue qu'après coup et progressivement. Plus encore, il se distingue des programmes des diverses Maisons consacrées exclusivement, par exemple, à l'économie, à la géographie, aux langues ou à la sociologie. Si l'utilité de telles Maisons est de favoriser le regroupement de forces dispersées, la contrepartie de leur centration sur une seule discipline est d'éloigner leurs membres des collaborations interdisciplinaires. A contrario, l'exigence interdisciplinaire dont nous montrerons plus bas l'importance aujourd'hui pour les disciplines concernées par le projet est ici inscrite d'emblée au cœur du programme scientifique.

 

Le volontarisme ministériel n'a cependant pas que des avantages. Au cours de nos prises de contact et enquêtes, il a également induit trois implications moins favorables (au moins au départ).

 

• Tout d'abord, il s'est trouvé certains chercheurs pour croire et annoncer publiquement qu'en formulant ces axes, la tutelle se substitue aux instances scientifiques des universités et met en question les prérogatives dues à leur autonomie.

Le reproche, indiquons-le toutefois immédiatement, n'est pas fondé. Comme cela apparaît en effet dans les termes mêmes de la lettre de mission, la proposition ministérielle n'est pas injonctive. Il a donc suffi de rappeler à ceux qui s'en plaignaient qu'elle vise simplement à mettre à l'épreuve deux axes, sans les imposer aucunement aux communautés scientifiques concernées.

 

• Plus sérieux, le deuxième inconvénient touche au principe de la démarche. Celle-ci peut en effet avoir parfois donné l'impression qu'une sorte d'appel d'offres est lancé et qu'il revient aux équipes intéressées de faire des propositions pour s'y conformer.

À nouveau toutefois, l'appréciation est erronée. Comme cela ressort de la lettre de mission, il n'est pas question, du moins à ce stade, de demander aux équipes de sortir des programmes de recherche qu'elles se sont fixé. Fédérant des travaux existants et réalisé à partir des bilans que les équipes elles-mêmes nous communiquent, le projet peut, certes, inciter certaines d'entre elles à engager dès maintenant des questionnements nouveaux. En outre, à terme, il les amènera bien sûr à ajouter à leur programme propre des objets et centres d'intérêt non prévus initialement, liés aux voisinages favorisés par la MSH. Pour l'heure, toutefois, il ne les y contraint pas.

 

• Le troisième inconvénient en revanche a, sinon soulevé plus de problèmes, du moins suscité davantage de discussions et, du même coup, nécessité des explications plus détaillées. Il tient au contenu des axes, spécialement "Industries culturelles et arts".

S'agissant en effet du second, "Santé et société", les informations et précisions apportées par Didier Fassin ont, semble-t-il, relativement aisément convaincu de leur pertinence et de leur intérêt les collègues concernés, même si les frontières du domaine ainsi désigné ne sont pas toujours aisées à définir.

En revanche il n'en a pas été de même avec "Industries culturelles et arts". De fait, la juxtaposition des deux termes "industrie" et "arts" a commencé par surprendre et parfois choquer certains collègues, lesquels ont, par exemple, estimé qu'il s'agissait de traiter de l'industrie de la culture et de l'industrie des arts. Interprétation tendancieuse évidemment, puisque, ainsi que le signale son intitulé, cet axe porte en réalité sur l'articulation entre industries culturelles, d'une part, et arts, d'autre part.

De ces réactions nous nous ferons l'écho dans la suite de ce Rapport, ce qui nous amènera à développer certaines considérations théoriques plus longuement que ce n'est souvent le cas dans ce genre de Rapports et Études de faisabilité.

Au-delà de l'incompréhension qu'elle reflétait, heureusement dissipée par la suite, la difficulté nous a en effet semblé tenir à la polyvalence des termes "industries", "culture" et "arts", laquelle rendait impossible la formulation d'un cadre intellectuel acceptable d'emblée par le plus grand nombre des collègues. De là vient le long travail préalable mené avec ceux qui ont bien voulu y participer en vue de l'élaboration d'un tel cadre. Et ce, avant que ne soient formulées des propositions visant à y intégrer les contributions de chaque équipe.

 

De cet assez long travail préparatoire de clarification notionnelle, l'on trouvera les traces dans ce Rapport. Ce n'est qu'en un second temps qu'en ont découlé la proposition d'un programme scientifique susceptible d'intégrer les approches les plus intéressantes, conformément aux deux axes en question, et l'identification des équipes pertinentes. Leur liste n'est pas limitative mais, d'ores et déjà, celles qui sont indiquées ici (et dont les responsables ont contribué à l'élaboration de ce programme) sont aptes à nourrir, parfois à redynamiser les travaux afférents, en Île-de-France et ailleurs.

 

 

- La deuxième exigence sous-jacente à la demande ministérielle tient dans l'existence de la charte du réseau des MSH et d'un certain nombre de critères déterminant l'attribution du label "MSH" à la future MSH et son intégration à ce réseau.

Sans entrer dès maintenant dans le détail de ces critères, nous signalerons que nous avons également beaucoup emprunté, comme la suite de ce Rapport en témoignera, aux appréciations du Premier Rapport annuel d'activité du Conseil national du développement des sciences humaines et sociales, présenté en juin 1999 par Alain Supiot.

D'autre part, indiquons également d'entrée de jeu que le rappel de ces principes nous a conduit à annoncer à nos interlocuteurs l'existence de deux niveaux supplémentaires d'évaluation scientifique, à ajouter à celle normalement effectuée respectivement par la Mission scientifique universitaire et le CNRS. Il s'agit de l'évaluation réalisée par le Conseil scientifique du réseau et de celle qui sera effectuée par le Conseil scientifique propre à la MSH, tous les deux appelés à se prononcer de manière complémentaire sur le projet de la future Maison. Il faudra bien sûr veiller à ce que ces trois instances fournissent leur contribution sans pour autant alourdir le fonctionnement de la MSH et la charge des équipes qui en feront partie.

 

 

- La troisième exigence de la demande ministérielle tient à la nécessité qu'elle formule explicitement de combiner appui sur les ressources locales et vocation nationale et internationale, la MSH "Paris Nord" étant destinée à devenir un pôle de référence sur les deux axes qui viennent d'être indiqués.

S'agissant de l'appui sur les ressources locales, nous aurons l'occasion de revenir d'ici peu sur les raisons qui la motivent. D'ores et déjà, cette recommandation apparaît justifiée par la présence d'un potentiel scientifique important mais à revitaliser, à Paris 8 et à Paris 13, ainsi que par les attentes d'une région dont nous avons indiqué plus haut que les représentants font de la MSH (et de la plateforme) l'un des vecteurs de la relance industrielle et économique. Il ne saurait non plus être question d'exclure d'autres établissements parisiens ou franciliens dès lors que leurs équipes sont intéressées par la MSH.

D'autre part, l'obligation d'avoir à assurer grâce à la MSH la visibilité des travaux relevant des deux secteurs crée, entre autres nécessités, celle de mettre en œuvre une politique fédérative dépassant le seul cadre de l'Île-de-France, en lien avec les formations de recherche ou établissements qui, d'ores et déjà, comptent dans ces deux secteurs au plan national, sans oublier notamment l'Inria, le pôle "Santé" Paris Sud, le Limsi et les laboratoires cités par le Rapport Risset.

Quant à la dimension internationale, elle dépendra évidemment des coopérations d'ores et déjà entretenues par les équipes appelée à rejoindre la MSH. Toutefois, les cellules "relations internationales" des universités concernées devront être fortement sollicitées.

La conformité de la MSH à ces deux missions, locale et nationale, supposera donc que soient inventées des conditions spécifiques et originales d'organisation et de fonctionnement. Celles-ci devront en effet fournir à des équipes reconnues parmi les meilleures de leur domaine, en France et à l'étranger, le moyen de trouver dans la MSH "Paris Nord" des ressources et des occasions de collaboration.

Il est utile de retenir pour la suite, à cet égard, que celles qui seront hébergées pourront servir de têtes de pont ou de relais à celles qui y seront simplement rattachées. En outre, des appels d'offre seront adressés à des équipes ou à des chercheurs n'étant ni hébergés, ni rattachés indirectement à la MSH mais qui seront invités à contribuer à ses travaux pour des périodes relativement courtes.

 

Dans ce Rapport, plusieurs propositions seront donc faites dans le sens de cette organisation en trois ensembles concentriques, en même temps que sera évoquée la nécessité pour la MSH de se doter des outils et vecteurs les plus adaptés à la diffusion des travaux qui y seront réalisés, sous forme traditionnelle ou numérique.

 

 

• Localisation et conditions d'implantation•

 

Le deuxième objet de la demande ministérielle porte sur les aspects institutionnels, géographiques et socio-politiques de l'insertion de la MSH "Paris Nord" dans son environnement immédiat et en relation avec les grands établissements parisiens. Parallèlement à l'objectif précédent de structuration de la recherche dans deux secteurs, c'est ici une exigence d'aménagement du territoire qui s'affiche, directement lié aux problèmes de carte universitaire et à l'objectif d'équilibrage entre pôles de recherche.

En l'occurrence, le terme "rééquilibrage" serait d'ailleurs mieux venu, la MSH étant destinée à une région, le nord francilien, dont les structures scientifiques ont été peu favorisées jusqu'à maintenant et sont menacées par la marginalisation, hors des grands circuits académiques nationaux et internationaux.

Par ailleurs, il ne faut pas non plus oublier à cet égard qu'un établissement de ce type est d'abord un bâtiment, posé sur un lieu et inscrit dans un territoire, ce territoire étant lui-même en forte restructuration. Il s'agit donc de veiller à ce que l'implantation de la future MSH dans son milieu, sa localisation et les partenariats indispensables à son fonctionnement favorisent soutiens et synergies indispensables à son lancement et à son bon fonctionnement. Il s'agit aussi de veiller à ce que la MSH contribue au désenclavement de ce territoire au lieu d'en être la victime. Dès lors, projet architectural, insertion urbanistique, localisation géographique et relations institutionnelles sont interdépendants.

À l'inverse, il ne s'agit pas moins de veiller à ce que la MSH fournisse à son environnement et aux acteurs scientifiques, économiques et sociaux les contributions qu'ils sont en droit d'en attendre. Universités et autres établissements scientifiques et culturels, milieux professionnels et collectivités locales ne soutiendront durablement la Maison que s'ils en mesurent et éprouvent les retombées positives.

 

- Sont donc mentionnées les deux universités de Paris 8 et Paris 13, ainsi que la Cité des Sciences et de l'Industrie, au cœur de la zone envisagée pour l'implantation du projet. C'est vers ces établissements que notre attention s'est portée tout d'abord, mais sans rejeter pour autant les autres universités d'Île-de-France et du reste de la France (dont un certain nombre demandent encore à être contactées).

- Sont aussi indiqués le CNRS, à travers ses départements "SHS" et "Stic" (apparu entre temps) et, pour l'axe "Santé et société", des établissements comme l'Inserm, l'IRD, l'Ined et l'EHESS, sans le soutien desquels le projet n'est pas non plus envisageable. Ces organismes auront été sollicités régulièrement.

- Sont également signalées plusieurs institutions telles que l'Institut national d'Histoire de l'art, auquel (la liste n'étant pas close) nous avons de nous-même ajouté plusieurs autres projets et établissements dont les relations avec le projet "MSH" seront précisées au moment opportun. Il s'agit notamment du Métafort, à Aubervilliers, du projet de Cité de la terre à Bobigny et de plusieurs autres organismes qui seront évoqués ou mentionnés plus bas, tels que le CNC, la Drac et d'autres instances dépendant du Ministère de la culture et de la communication.

- Sont enfin cités ou évoqués les administrations et collectivités locales et régionales directement intéressées, notamment les communes regroupées dans "Plaine Commune", le Département et la Région. Il s'agit aussi du Pôle audiovisuel, cinéma, multimédia du nord Parisien et des entreprises qui y sont associées.

 

Sans déborder sur les développements à venir, cinq remarques, d'inégale importance, éclaireront d'ores et déjà le lecteur sur les incidences de cet aspect de la demande ministérielle par rapport à notre étude.

 

• S'agissant, premièrement, des relations avec les administrations, collectivités et acteurs locaux, nous avons été amenés à engager aussitôt la partie de notre travail sur l'implantation de la future MSH en concertation étroite avec les représentants et élus de la région concernée.

Comme on le verra d'ici peu, l'une des conséquences de cette concertation a été qu'immédiatement, ont été abordés conjointement et complémentairement les aspects scientifiques, géographiques et urbanistiques et ceux touchant à l'environnement institutionnel et aux partenariats. Conjonction complexe évidemment, mais également occasion exceptionnelle de faire entrer en ligne de compte toute une série de facteurs et paramètres interdépendants mais, par la force des choses, rarement traités de pair dans ce genre d'opérations.

 

• Deuxièmement, cette concertation a également été favorisée par l'existence de la Mission U3M sur le pôle de La Villette - Aubervilliers - Saint-Denis, dont le projet de MSH constitue l'un des objets, à côté, notamment, du programme de plateforme "Mécanique" et du projet de plateforme "Arts, sciences, technologies" (AST).

Tels que nous les envisageons, le voisinage géographique et le couplage fonctionnel entre plateforme "AST" et MSH "Paris Nord" seront naturellement favorisés par la synchronisation des deux projets.

 

• Troisièmement, la référence aux milieux professionnels est justifiée par le fait que, dans le domaine des industries de la culture et de la communication, la Seine Saint-Denis se distingue par une concentration exceptionnelle d'entreprises.

Selon nos recensements, le secteur de l'audiovisuel et de la communication comprend 31 entreprises, parmi lesquelles :

- en production : la holding AB, dirigée par M. Berdat et comprenant AB Broadcast, AB Droits audiovisuels, AB Production, AB Sat, AB Télévision), Capital Events (création et production d'événements, 120 salariés), Dubbing Brother (société de doublage son, 48 salariés), Studio 107 T.F.1 (22 salariés)

- en photographie : Image Sartony (38 salariés), Studio ABC 2000 (4 salariés)

- en location ou vente de matériel cinématographique et audiovisuel : Groupe TSF (86 salariés), Panavision Alga (48 salariés), T.A.A.C. (23 salariés).

Nous dénombrons également 27 entreprises consacrées à l'imprimerie et aux activités graphiques, parmi lesquelles de grandes sociétés (rapportées à la taille moyenne dans le secteur), telles que CIPP (150 salariés), Imprimerie Rozay Busson (86 salariés), Imprimerie de la Plaine — Les Échos (50 salariés), Nord Graphique (43 salariés) et de micro-unités d'un ou deux salariés.

Enfin dans les domaines de l'informatique et d'Internet, nous identifions 25 entreprises, parmi lesquelles une majorité de fournisseurs de matériels et consommables, tels que U.F.P. (220 salariés), Visiodent (80 salariés), Bovo-Data-Systeme (16 salariés), Espace Bureautique 93 (12 salariés), la Fnac Internet, plusieurs sociétés de services, telles que Spare (35 salariés), Alcove (dont la compétence porte sur Linux et les logiciels libres, 30 salariés), Nord Engennierie (15 salariés), Sodifrance-ISL (13 salariés) et un certain nombre d'entreprises spécialisées en maintenance.

 

• Quatrièmement, dans le secteur des télécommunications, épine dorsale du développement des télé-services, en éducation, santé, administration et autres, le nord parisien connaît encore un sous-équipement marqué.

À l'initiative ambitieuse (ATM 93) prise en 1999 par le Président de l'Université Paris 13 en vue de la création d'une fédération d'usagers de réseaux haut débit, dans les secteurs de la formation, de la recherche, de la culture et de la santé (universités et écoles d'ingénieurs, Cnam, Cité des sciences et de l'industrie, hôpitaux, EDF, Afnor, etc.), les opérateurs (publics et privés) n'ont toujours pas répondu par la mise en place de réseaux de ressources adaptés. Un certain nombre de conditions favorables sont pourtant réunies, tant du côté de Renater que du côté des collectivités locales organisées en syndicat et engagées dans des politiques volontaristes dans le domaine, notamment en relation avec le Sipperec.

Cette situation représente à la fois un atout en faveur de la création de la MSH — laquelle renforcera le poids des usagers indiqués précédemment — et un handicap. De fait, aussi longtemps que la zone n'aura pas rattrapé son retard dans le domaine, il sera illusoire de chercher à faire de la MSH et de la plateforme un centre de ressources à distance. Nous reviendrons évidemment plus bas sur cette question.

 

• Cinquièmement, l'obligation à laquelle le Ministère soumet la MSH est celle de de l'articulation entre une implantation locale et une vocation nationale et internationale.

Prisonnières du local, MSH (et plateforme) courent le risque d'accroître l'enclavement dont souffrent déjà les ressources universitaires de la Seine Saint-Denis ou qui les menace. Coupées de leur inscription locale naturelle, MSH et plateforme se transformeront en des établissements "hors sol", privés de la richesse de la région ainsi que de la dynamique sociale et du redéploiement industriel qui s'y font jour. Privés également des occasions d'y contribuer et d'en tirer parti, au titre d'objets de recherche. La difficulté, mais aussi une grande partie de l'intérêt de l'entreprise, réside dans cette dialectique à ménager entre local et national/international.

 

 

• Conditions matérielles et financières•

 

S'agissant du troisième objet de la demande ministérielle, relatif aux conditions matérielles de la mise en œuvre de la future MSH, il nous est demandé de présenter une évaluation des modalités financières, structures, coûts d'implantation et de fonctionnement, localisation ainsi que conditions concrètes de mise en œuvre et de gestion.

À nouveau, les commanditaires attendent, sinon des propositions précises, du moins des indications suffisamment claires pour qu'à partir d'elles des décisions (budgétaires notamment) puissent être prises.

Indiquons toutefois immédiatement que, sur le dossier de l'implantation définitive, plusieurs incertitudes ont passablement freiné la réflexion. Elles touchent principalement à l'accueil qui sera réservé en juin 2001 à la candidature française aux Jeux Olympiques de 2008. De cet accueil dépendent en effet d'importants projets fonciers et immobiliers, au cœur même de la zone concernée, et la plus ou moins grande facilité pour la MSH d'y trouver un site approprié.

En outre, en dehors des J.O. eux-mêmes, l'aménagement de cette zone fait actuellement l'objet d'intenses concertations entre administrations, collectivités et promoteurs. Leur enjeu porte notamment sur la répartition des emprises et la structuration d'un territoire où, malgré la forte augmentation des prix du foncier, jusqu'alors relativement bas, il est encore possible

Cette situation explique notre choix de différer pour le moment la proposition d'un emplacements trop précis. Nous avons préféré nous en remettre, sur cette question, aux études spécifiques qui auront à être réalisées, si la perspective du projet se concrétise et dont on trouvera seulement en annexe une première esquisse.

En revanche, conformément à la demande ministérielle, notre Rapport fournira des éléments sur :

- les critères à retenir pour le choix d'une éventuelle implantation et quelques exemples de localisation correspondant à ces critères,

- la structure et le montant des coûts d'investissement et de fonctionnement, ainsi que les grandes échéances de la mise en œuvre du projet,

- les conditions et modalités à prévoir dans l'hypothèse d'un démarrage préfigurateur de la future MSH dès le premier semestre 2001.

 

Comme on peut en juger au terme de ce premier ensemble de commentaires, le mandat ministériel comporte déjà un ensemble fort vaste de questions, sur la pertinence scientifique, l'utilité géographique, la viabilité organisationnelle. Ces questions ne sont toutefois pas nées ex nihilo. A travers elles, d'autres objectifs, visées et interrogations se font jour, dont elles portent implicitement la marque mais qui remontent en réalité à des décisions antérieures.

Ce sont ces dernières qu'il convient maintenant d'identifier, de façon à percevoir ce qui, plus fondamentalement encore, est attendu de la future MSH. Ce sera, ce faisant, une manière de mieux prendre la mesure des enjeux attachés à la mission qui nous est confiée.