2 - Aux origines de la demande

 

Qui doutera en effet qu'un projet de l'envergure de celui qui est envisagé ait pu naître et être formulé spontanément ? En réalité, l'idée d'une Maison des sciences de l'homme dans le nord francilien a été encouragée, soutenue et officialisée, dès l'époque du ministère Allègre, par un certain nombre d'acteurs et de décisions qu'il est indispensable d'évoquer ici, pour l'importance que leur engagement a eue (et aura) sur la suite des opérations.

 

• Deux actes officiels : "U3M" et "Contrat de plan État - Région"•

Avant juin 2000, deux actes officiels de grande importance font complémentairement état de la décision d'engager une mission sur la "MSH Paris Nord". Il s'agit du Plan "Université du Troisième Millénaire" (U3M) et du Contrat de plan État - Région (CPER). L'un et l'autre s'inscrivent dans le cadre du "schéma de services collectifs de l'enseignement supérieur et de la recherche", lequel indique que "dans le secteur des sciences sociales et humaines, c'est autour du réseau des Maisons des Sciences de l'Homme que sera organisé le maillage territorial".

De là vient l'intérêt d'examiner maintenant de quelle manière l'idée d'une MSH est déjà présente dans U3M et dans le CPER, comment elle s'y traduit et quelles orientations cette traduction donne à notre propre mission.

 

• Présenté en décembre 1999, le Plan "Université du Troisième Millénaire" porte la mention explicite d'une MSH à créer en dehors de Paris et au nord de la capitale.

Les auteurs du document indiquent notamment que ce projet s'inscrit dans le contexte d'un effort particulier à réaliser en faveur de l'Île-de-France, qu'ils caractérisent à juste titre comme la "première région universitaire et de recherche".

Plus précisément, ces documents évoquent le projet de "restructuration de la recherche en sciences humaines autour de quelques opérations phares", parmi lesquelles les projets de MSH et de plateforme figurent en bonne position tandis qu'est mentionnée leur localisation dans la zone située au nord de Paris.

• Adopté en mars 2000, le CPER lie la région Île-de-France à l'État pour la période 2000-2006.

Salué par le Président de l'exécutif régional, Jean-Paul Huchon, comme l'occasion "non seulement de ressources nouvelles mais également de responsabilités plus larges et assumées", le texte du Contrat indique notamment qu'"afin de passer d'une logique de l'urgence à une logique de cohérence, l'État et la Région entendent, conformément au plan U3M, impulser une dynamique nouvelle associant à l'élaboration et à la mise œuvre l'ensemble de la communauté universitaire et scientifique...".

Il mentionne, parmi les cinq "thématiques" prioritaires du développement de la recherche, "les technologies nouvelles et les sciences humaines et sociales". Plus précisément, il évoque au titre des projets susceptibles d'élargir les responsabilités en question, la création d'une MSH et celle d'une plateforme "Arts, sciences, technologies". Ces deux projets sont respectivement dotés à titre provisoire, c'est-à-dire en attendant le résultat des études, de budgets d'investissement de 30 millions et de 50 millions de francs.

 

De l'étude du texte du CPER, des documents qui l'accompagnent et des entretiens réalisés auprès de plusieurs responsables concernés, de près ou de loin, par la mise en œuvre du projet de MSH, nous retirons des éléments importants pour cette étude et la suite de notre travail.

 

_ Premièrement, il ne fait aucun doute que le projet de MSH est porté par une forte attente régionale et que, plus précisément, il correspond à un objectif de rééquilibrage en faveur de l'extra muros, spécialement du nord francilien. La question sera évidemment posée de savoir dans quelle mesure cette attente se traduira par une véritable volonté politique. Du moins observerons-nous dès maintenant qu'elle rejoint celle exprimée dans les mêmes termes par les attendus du Plan U3M.

Derrière l'objectif de rééquilibrage scientifique, se marque bien sûr également un objectif économique et social. Les retombées attendues de la MSH (et de la plateforme) à cet égard font l'objet de mentions précises, justifiant le soutien public aux entreprises, notamment aux PME-PMI. Les mêmes justifications se retrouvent, quelques mois plus tard dans une étude pour le Conseil régional sur les NTIC en Île-de-France. Y figure en effet parmi les trois mesures à prendre prioritairement l'établissement d'un réseau numérique d'échanges "entre les PME et un établissement public (de recherche, de formation, ou disposant d'un fonds culturel)". De fait, les technologies numériques sont supposées ne pas contribuer seulement à la croissance des activités existantes ; elles doivent également en favoriser de nouvelles, singulièrement via la création de micro-entreprises.

L'ensemble se répercutera alors sur l'emploi, la priorité donnée aux NTIC faisant l'objet d'un consensus de la part des élus de la Région, désormais convaincus des vertus de la néo-industrialisation à cet égard. Or, au cœur de cette néo-industrialisation, figurent la production, l'expérimentation et l'évaluation de contenus, contenants et services numériques, l'un des objectifs de l'axe "industries culturelles et arts" de la future MSH et vocation à part entière de la plateforme AST. C'est déjà dire l'importance que le dispositif revêt aux yeux des élus et responsables économiques régionaux. C'est dire aussi combien sera déterminant leur soutien.

_ Deuxièmement, les signataires du CPER posent les conditions minimales de la création d'une MSH. Insistons-y toutefois : il ne s'agit que de conditions minimales, propres à réserver l'avenir en quelque sorte. S'ils ne sont pas en mesure de s'engager plus loin à ce stade, c'est parce qu'il faut bien que les études de faisabilité confirment (ou infirment) l'intérêt de l'opération envisagée. Par conséquent, le montant des investissements prévus pour la future MSH, très insuffisant comme on le verra, ne témoigne que de la volonté de ces signataires d'amorcer le projet.

Il faut cependant éviter à tout prix que la somme mentionnée ne corresponde au montant définitif des investissements. Autrement dit, il conviendra impérativement, au moment opportun, de rappeler que les politiques publiques n'ont fait que préparer une décision dont, par la force des choses, contenus et modalités n'étaient pas encore connus à l'époque. Des compléments de financement devront nécessairement être affectés au projet, non seulement pour le bâtiment mais aussi pour l'équipement. Si une suite favorable est donnée à ce Rapport, il y aura donc lieu de se retourner au plus vite vers les signataires du Contrat, instances publiques et collectivités, pour solliciter les compléments budgétaires indispensables.

En phase opérationnelle, il ne s'agira pas moins de s'assurer également d'un budget de fonctionnement approprié, stable et régulièrement alimenté, condition sine qua non pour permettre à la Maison de développer ses activités comme prévu. En l'absence de ces garanties de départ, il y a tout lieu de craindre que membres et partenaires de la MSH doutent de la consistance de la volonté politique en faveur de ce projet et n'en soutiennent pas le développement comme ils l'ont fait jusqu'à maintenant. Sans doute n'auraient-ils d'ailleurs pas tort : ces garanties sont vitales pour la future MSH et pour la plateforme.

 

_ Troisièmement, les conditions historiques, sociologiques et territoriales franciliennes, plus spécialement, celles du nord-est de la banlieue parisienne, justifient qu'une attention particulière soit portée aux conditions et critères d'implantation de la MSH.

Parmi ces particularités, mentionnons-en deux immédiatement, jouant respectivement et contradictoirement en faveur et en défaveur des synergies inter-universitaires.

• Facteur favorable, l'académie de Créteil ne comprend pas moins de quatre universités et plusieurs autres établissements d'enseignement supérieur. Sur le seul territoire de "Plaine Commune", les effectifs cumulés de Paris 8, Paris 13 et du Cnam atteignent 50 000 à 60 000 étudiants, soit une densité au km2 que l'on ne trouve que très rarement en France. A fortiori les SHS sont-elles particulièrement présentes sur le territoire. L'existence de ces infrastructures et de leurs usagers constitue bien évidemment à la fois un justificatif et un atout de taille en faveur de la MSH.

 

• Facteur moins favorable, sinon franchement défavorable, l'organisation des transports en commun sur l'ensemble de la périphérie parisienne, et a fortiori sur le territoire de la communauté de communes sépare plus qu'elle ne rapproche l'un de l'autre les deux établissements concernés. Ainsi par exemple, en temps de transport, les deux universités Paris 8 et Paris 13 sont-elles presque plus éloignées l'une de l'autre qu'elles ne le sont, l'une et l'autre, du centre de Paris. Et ce, bien qu'elles ne soient distantes l'une de l'autre que de quelques kilomètres. Sans être la seule cause du phénomène, celle-ci a considérablement freiné par le passé les collaborations entre leurs équipes respectives. A contrario justifie-t-elle l'attention toute particulière que, pour l'implantation de la future MSH (et de la plateforme), il y aura lieu de porter aux réseaux de transports et aux voies de circulation dans les plans d'aménagement du territoire.

La situation milite en effet en faveur d'une implantation de la MSH sur un site qui, sans être situé dans la proximité immédiate des deux établissements concernés au premier chef, favorisera toutefois, de l'un et de l'autre, un accès aussi aisé que possible. Des propositions concrètes allant dans ce sens figurent dans la suite de ce Rapport.

Parallèlement, il conviendra également que les réseaux immatériels de transport de l'image, du son et des données permettent à la MSH et à la plateforme d'être reliées, non seulement aux grands organismes de la région (universités, hôpitaux, centres de recherche, établissements culturels) mais encore au réseau mondial des flux de données.

 

_ Quatrièmement, la question des liens entre MSH et plateforme demande à faire l'objet d'un examen extrêmement attentif, ne serait-ce que parce que le Contrat synchronise les deux projets et les destine l'un et l'autre à la même zone géographique.

A fortiori ce voisinage pourra-t-il devenir complémentarité et se transformer en synergie quand, comme nous le proposerons plus bas, une conjonction fonctionnelle aura été établie entre l'axe "Industries culturelles et arts" de la MSH et l'orientation "Arts, sciences, technologies" de la plateforme.

En particulier, la conjonction entre les deux structures créera un dispositif original et performant associant recherche et production. Les contours d'un tel dispositif sont d'ailleurs esquissés dans le Rapport sur le Schéma de services collectif NTIC, Région Île-de-France (p.45) :

"Un soutien pourrait aussi être imaginé en direction d'un Laboratoire de recherche, universitaire ou autre, qui développerait les recherches et contribuerait au développement de techniques multimédia en direction du champ culturel. Des partenaires institutionnels culturels (grands établissements publics ou ministère lui-même) pourraient, par convention, s'y associer afin de donner un écho public à cette recherche".

 

Ce n'est donc pas une coïncidence si l'un des mandats assignés à la conjonction MSH-plateforme (en relation avec le Ministère de la culture) correspond à ce que les auteurs du Schéma attendent de ce Laboratoire.

Émettons toutefois une réserve à l'égard de la préconisation précédente : une telle mission n'est vraisemblablement pas à la portée d'un seul laboratoire. En réalité, les unités existantes sont trop spécialisées, et leurs moyens, trop limités pour qu'elles puissent jamais prétendre la remplir séparément. En outre, il n'est pas certain qu'une structure de grande taille offrirait la meilleure réponse aux attentes des milieux professionnels. Autrement plus adaptée nous semble donc être une fédération d'équipes, combinant les ressources de l'informatique, des arts graphiques, de l'électronique ainsi qu'une expertise dans les domaines de l'esthétique, de la demande sociale et de la diffusion de l'innovation. Par ailleurs, l'existence de cette fédération ne lui interdira pas, bien au contraire, de s'appuyer sur de grandes structures, comme l'Inria.

Si les deux "actes officiels" qui viennent d'être cités ont déjà l'intérêt considérable d'avoir annoncé le projet de MSH et d'en amorcer la mise à l'étude, au même moment, deux autres décisions, importantes, elles aussi, bien qu'intervenant à une échelle autrement modeste, y ont également contribué non moins directement.

 

 

• Structurations locales•

 

Il s'agit, d'une part, de la Charte de coopération du "Pôle Audiovisuel, cinéma, multimédia du nord parisien" et, d'autre part, de la charte du "Pôle scientifique et technologique du nord-est francilien".

 

• La signature de la Charte de coopération du Pôle audiovisuel, cinéma, multimédia du nord parisien est intervenue en février 1999. La coopération qu'elle désigne associe les villes d'Aubervilliers, Epinay-sur-Seine, Saint-Denis, Saint-Ouen et Stains.

Ce n'est pas le fait du hasard si la lettre présidant à la mission "MSH" fait explicitement référence à ce Pôle. Parmi les objectifs déterminant sa constitution, tels que rappelés dans le texte de la Charte, figure en effet la mise en place d'un "réseau d'acteurs économiques" aptes à assurer "une visibilité nationale" aux entreprises du secteur.

Les signataires partent du constat que, dans ce secteur et sur cette zone géographique, les interrelations sont insuffisantes. Du même coup, ajoutent-ils en substance, les synergies tardent à se produire entre des types d'activités pourtant complémentaires. Ils déplorent d'autant plus cette situation que les cinq sites concernés concentrent plus de 200 entreprises relevant des filières évoquées. Il s'agit en particulier (selon une liste établie à l'époque) des Studios et Laboratoires Éclair, des Studios de France, du groupe TSF, de Dubbing Brothers, Panavision Alga, Sonodi, AB Production, du groupe Carrère, de Duboi, des studios Sets, des studios Marcadet et de très nombreuses microstructures.

A cette liste il faudrait ajouter aujourd'hui plusieurs autres implantations (le Studio 107/TF1, à Saint-Denis) ou projets d'implantations, telles que celles des studios d'Aubervilliers, à l'initiative conjointe de Ciné Lumières (entreprise de location de matériel) et Groupe Image (entreprise spécialisée dans l'image et le son numériques). Cette opération prévoit la mise en place d'un ensemble unique en France d'entreprises couvrant la totalité des métiers liés à la production et à la postproduction audiovisuelle. Il en va de même pour l'installation à Saint-Denis et dans les communes voisines de plusieurs opérateurs d'Internet, courtiers en télécommunication, câblo-opérateurs et acteurs de la nouvelle économie (par exemple, MCI Worldcom, dans le quartier Montjoie). Par ailleurs, il est exact que des sites comme les Magasins Généraux, à Aubervilliers, le quartier Montjoie, "Landy-France", à Saint-Denis ou le Village de la Communication, à Saint-Ouen, constituent potentiellement de véritables creusets pour des industries avancées, à forte capacité d'innovation dans les domaines de l'image, du son et du multimédia. Ces "milieux" sont particulièrement propices à une créativité industrielle renouvelée. Enfin, il convient de mentionner, élément à prendre en compte dans la suite des opérations, que plusieurs de ces sites sont éligibles aux Fonds européens de développement et que, présentés dans des dossier ad hoc et relayés par les services de la Préfecture, des projets combinant recherche, recherche-développement et innovation industrielle auraient des chances non négligeables de bénéficier de ces financements.

Il se confirme donc que la présence d'une MSH dont l'un des axes serait orienté sur les industries de la culture et les arts constitue un atout important en faveur des actions menées au sein du Pôle. A fortiori en va-t-il de même pour la plateforme "AST". À l'inverse, les tentatives d'organisation et de structuration des politiques publiques au sein du secteur, à l'initiative du Pôle et conformément à son mandat, offrent a priori à la MSH et à la plateforme des débouchés et occasions d'intervention particulièrement intéressants.

Encore faut-il, pour concrétiser ces perspectives de rapprochement, que le Pôle se structure et qu'il s'assigne des objectifs clairs à court et moyen terme. L'existence de ce pôle est extrêmement importante pour l'axe "industries culturelles et arts" et pour la plateforme "AST". De fait, ainsi que nous aurons à le rappeler plus bas, les relations des équipes scientifiques avec les milieux industriels de la culture et de la communication sont d'autant plus difficiles et l'identification de leurs besoins d'autant plus délicate que le secteur constitue une nébuleuse en évolution permanente.

Les fédérations professionnelles y sont moins organisées qu'ailleurs. Il est divisé entre des ensembles fortement concentrés où figurent de très grandes entreprises et des ensembles beaucoup plus éclatés, regroupant de nombreuses petites unités, aux durées de vie limitées et aux trajectoires difficilement prévisibles. En outre, il est traversé par d'importants clivages, selon les domaines de compétence et spécialités : matériels / programmes, production / diffusion, activités traditionnelles (dont le cinéma dont les Laboratoires et Studios "Éclair" sont, à Epinay, l'un des fleurons de l'industrie française) / activités nouvelles (notamment orientées vers le numérique), audiovisuel / informatique / télécommunications, etc.

Autant de divisions entre des domaines d'action objectivement complémentaires à l'heure du multimédia mais dont les acteurs s'ignorent ou se concurrencent. C'est dire l'importance cardinale que revêtiront pour la future MSH-plateforme les initiatives du Pôle mais aussi, en sens inverse, l'intérêt pour celui-ci de la contribution scientifique de la MSH et de la plateforme sur les trois axes privilégiés par la Charte :

- "Procéder à une identification précise de l'ensemble des compétences locales présentes sur leur territoire respectif et relevant de la filière audiovisuel/cinéma/multimédia (...)

- Susciter et organiser des réunions, colloques et débats entre les différents acteurs de la filière audiovisuelle, cinéma, multimédia (...)

- Mettre en place des outils destinés à valoriser l'identité du pôle audiovisuel, cinéma, multimédia du Nord Parisien."

 

• La charte du "Pôle scientifique et technologique du nord-est francilien" a été signée à la fin de l'année 1999 par les présidents et directeurs des Universités Paris 8 et Paris 13, du Cnam, de l'IUFM de Créteil et de l'IMCM-Cesti.

En quoi cette charte intéresse-t-elle le projet de MSH ? En ce qu'elle définit un cadre fédérateur, ancré sur les ressources scientifiques et pédagogiques locales et assorti de visées nationales. Y est exprimée, en particulier, l'ambition des signataires de "travailler ensemble à une carte de l'offre de formation et à un développement de la recherche dans le cadre notamment de ce vaste territoire de la Plaine de France, dont les dimensions et les enjeux sont comparables à ceux du croissant sud de la région Île-de-France".

Un point particulier, certainement appelé à faire l'objet d'une coopération entre le Pôle et la MSH, a trait à la mise en place d'une "boucle des contenus" qui, via les réseaux "large bande" (éventuellement ADSL), permettra de relier les principaux sites de la Région en contenus numériques, culturels et de formation. Ce point est d'autant plus important que, comme cela apparaîtra plus bas, le branchement de la future MSH-plateforme sur les réseaux large bande constitue une condition sine qua non de leur développement.

Si elle intervient rapidement, comme nous le souhaitons, la préfiguration de la MSH "Paris Nord" constituera, parallèlement au projet de plateforme "Mécanique", l'une des premières réalisations susceptibles d'être soutenues par le Pôle scientifique et technologique. En découle la nécessité de prendre au plus vite des décisions sur ce projet et l'intérêt d'y impliquer aussitôt les membres du Pôle.

 

Des indications précédentes et des commentaires dont elles ont été assorties nous concluons que ni la volonté des collectivités ni les soutiens institutionnels n'ont fait défaut jusqu'à maintenant au projet "MSH Paris Nord".

Comme en témoigne le schéma ci-dessous, ces éléments constitueront donc des atouts appréciables en sa faveur, sous réserve que se confirme en cours de route l'appui des Ministères (Ministère de la Recherche, Ministère de l'Éducation nationale, Ministère de la culture et de la communication), du CNRS ainsi que d'autres structures comme l'Inserm, l'Ined, l'EHESS. Mais au moins autant est-ce des collectivités territoriales, encore peu présentes sur les questions financières, qu'un soutien actif doit être attendu.

 

Revenons toutefois aux décisions et soutiens des instances de l'État. Il est en effet indispensable de se reporter à ce qui les motive et à ce qui, dans le même mouvement, les rend visibles : les politiques et stratégies poursuivies parallèlement, complémentairement mais aussi parfois diversement, par les deux ministères, Éducation nationale et Recherche, ainsi que par le CNRS. Leur sera consacré le point suivant.

 

 

 

 

3 - Ministères et CNRS : pour une convergence des critères

 

Du côté des deux ministères, le même intérêt s'affiche en faveur du projet de MSH. L'implication de la Mission scientifique universitaire en témoigne concrètement. Moins concerné au début, le CNRS, lui aussi, suit et suivra évidemment de près le déroulement du projet. Est-ce pour autant qu'au départ, ces trois structures voient les choses de la même façon ? Ce n'est pas si sûr.

Il nous a semblé, en effet, qu'à l'origine, un certain écart était perceptible entre deux manières d'appréhender, sinon la finalité et le devenir de la future MSH, du moins les conditions de son élaboration et la définition de son programme scientifique. En cours de route, toutefois, une voie intermédiaire a été esquissée, propre à apporter simultanément satisfaction aux impératifs respectifs du CNRS et du Ministère de l'éducation nationale. Voyons donc plus précisément quel est le problème et quelle est la solution qui pourrait lui être apportée.

 

Le fait est qu'à travers nos contacts et échanges de vue initiaux avec différents responsables ministériels et du CNRS, il est apparu que pour être tous d'accord sur le principe de l'implantation d'une MSH dans le nord de Paris ainsi que sur les axes qui lui sont assignés, ces responsables n'y projetaient pas tout à fait les mêmes attentes ni n'avaient les mêmes représentations de la manière dont le programme devait être élaboré et géré.

Plus exactement, à la Direction des enseignements supérieurs du Ministère de l'Éducation nationale ainsi qu'à la Mission scientifique universitaire, également au Ministère de la culture et de la communication, la tendance est de saisir l'occasion offerte par le projet "MSH" pour conforter les équipes dont le développement doit être encouragé. Cela signifie donc que les équipes en question n'ont pas forcément toutes atteint le niveau d'excellence dans leur domaine. Aux côtés d'autres, liées au CNRS, certaines d'entre elles peuvent même n'en être encore qu'à un stade relativement modeste, l'important étant cependant qu'elles trouvent dans les moyens supplémentaires qui leur seront accordés de quoi consolider et développer leur potentiel. De son côté, le CNRS tend plutôt à privilégier des équipes ayant déjà atteint ce niveau ou qui en sont très proches, la MSH leur apportant du même coup la sanction d'une situation reconnue et acquise.

Entre ces deux "usages" de la MSH et les deux manières de la faire concourir à une politique scientifique, y a-t-il contradiction ? Le mot est trop fort, à coup sûr. À tout le moins y a-t-il risque de divergence de vues, cristallisé sur la coexistence de deux ordres de critères. Dès lors, le danger n'est pas négligeable de voir le projet "MSH" écartelé entre deux "horizons d'attentes". Effectivement, si le soutien du CNRS ne se porte que sur les équipes d'ores et déjà reconnues et considérées comme les meilleures de leur domaine (ou parmi les meilleures), il n'y a guère de chances pour que se réalisent les vœux des ministères en faveur d'un projet intégrant également, à côté de ces équipes (bien évidemment), des chercheurs ou groupes de chercheurs parmi lesquels, inévitablement, certains n'auront pas atteint à cette reconnaissance. À l'inverse, si la MSH n'exerce qu'une fonction de "BQR" à grande échelle, il y aura tout lieu de s'attendre à d'importantes réserves de la part du CNRS à l'encontre du projet "Paris Nord".

Heureusement, dans la réalité et à mesure que le projet a pris forme et consistance, une solution compatible avec les deux exigences a semblé pouvoir être trouvée. Sans que n'en soit éliminée toute menace de disjonction, un moyen terme nous en effet paru susceptible de constituer une base de départ acceptable et valable pour la suite des concertations. Cela ne nous dispensera pas de l'obligation de nous assurer de sa pertinence au moment de l'évaluation des différentes instances compétentes.

 

Le choix de ce moyen terme se fonde sur le fait que, pas davantage que le CNRS, les ministères (de l'Éducation, de la Recherche et de la Culture et de la Communication) ne sont de toutes façons prêts à transiger sur les critères de qualité. Priorité sera donc donnée aux équipes reconnues au moins nationalement (comme équipes d'accueil et membres d'écoles doctorales). Ce critère a pour première incidence de limiter sensiblement le nombre des candidats potentiels à la MSH. Pour ce qui concerne la Direction du Département des SHS du CNRS, il apparaît que, pour sa part, elle n'est pas hostile a priori à des regroupements (type GDR) abrités par la MSH et qui, globalement, pourront alors bénéficier d'un soutien institutionnel et financier.

Dès lors, les points de vue devenant moins éloignés qu'il n'y paraissait au départ, un compromis est possible. Telle que soumise à nos interlocuteurs, sa formulation est la suivante : au sein de la MSH, ne pourront évidemment figurer que des équipes satisfaisant aux critères scientifiques de la MSU et du CNRS. Ce sera moins cependant sur leur niveau respectif que le jugement portera que sur la qualité et l'originalité du programme scientifique auquel elles participeront collectivement.

Autrement dit, dans les cas où, à elle seule, une équipe ou une partie d'équipe ne sera pas en mesure d'obtenir la reconnaissance scientifique nécessaire, l'examen portera sur le programme du regroupement auquel elle participera au sein de la MSH. D'où l'urgence et l'importance de procéder dès maintenant à ce type de regroupement, en encourageant plusieurs équipes et leurs réseaux respectifs à fédérer leurs ressources.

Inutile d'insister sur l'importance de ce compromis. Les conséquences n'ont pas manqué de s'en faire sentir aussitôt, aussi bien sur le choix des équipes contactées que sur l'équilibre à ménager entre l'un et l'autre des deux termes du couple "programme / équipes". Sans doute le programme n'est-il pas conçu en dehors des équipes susceptibles de s'y retrouver et d'y collaborer. Pour autant, c'est aussi (et non moins) le programme qui détermine l'identité et le choix de ces équipes.